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Après les matières premières, la matière grise
EMIGRATION CHOISIE DITES-VOUS ? On prend, on observe, on jette, on expulse ! Jacques Attali a enfoncé le clou en annonçant, tout récemment, la «guerre» des talents. Ce n’est pas la guerre des boutons, mais, carrément, l’exfiltration des cerveaux ! D’un autre côté quand ses talents ne sont pas reconnus chez eux, mis au placard sous les ordres d’un chefaillon pur cru d’un bouillon d’inculture népotique, il faut accorder des circonstances atténuantes à ceux qui prennent la poudre d’escampette. Nul n’étant alors prophète en son pays, on va se faire voir ailleurs. L’économie du futur c’est l’économie du savoir, l’avenir se dessine à ce niveau là. Eux, de l’autre côté des mers et des océans, ils l’ont bien pigée, cette affaire-là.
Et nous autres dans tout ce fatras ? Avec la nouvelle grille des salaires, (voir la loi de finances 2008) le salaire d’un professeur d’université en fin de carrière correspond au quart parfois au tiers de celui de ses collègues maghrébins. Qu’en déduire ? Sinon que l’on n’a pas renoncé à la dévalorisation du savoir, qui est pourtant le fondement du développement du XXIème siècle, au profit de mirobolants traitements emblématiques de l’économie de rente. Alors, cessons de jeter la pierre à ceux qui partent et à ceux qui leur donnent un boulot à la hauteur de leurs compétences, ces derniers sont dans leur rôle et c’est de bonne ou de mauvaise règle, en tous les cas que faisons-nous de notre côté pour freiner l’hémorragie de matière grise ? La marchandisation, la chosification de l’homme est en ordre de marche. Si c’est cela la mondialisation, alors Walou !
C’EST ÇA LA MONDIALISATION ? Si c’est çà on est pour ! Les Indiens et les Chinois mangent mieux qu’autrefois, tant mieux mais ça ennuie les européens. Qu’est-ce que ça sera quand les Africains donneront des yaourts à leurs mômes, leur achèteront des jouets et les promèneront en automobiles les week-ends . Il y a un principe que tout le monde devra pourtant bien observer, intégrer même, et pas question de rejet comme pour une mauvaise greffe : tout le monde a le droit de manger non seulement à sa faim, mais bien, pourquoi pas ? Même en Transnistrie on a droit à la bonne bouffe autant qu’à Melun ou qu’à Anvers.
A leur habitude, les grands pollueurs devant l’Éternel rouspètent, «les chinois veulent rouler en bagnole» On leur répond que c’est leur droit et que c’est sous la pression que, souvent, le génie de l’homme s’est manifesté positivement. Il n’y aura qu’à inventer le moteur propre et la société de consommation pourrait aussi renoncer à l’un de ses machiavéliques fondements, le fameux et très immoral taux de vieillissements des pièces et organes des automobiles.
MOUAMMAR KADHAFI, fils d’un aviateur corse ? Cette idée surprenante, circule comme une légende sur l’île de Beauté depuis des années. Pourquoi en fait-on grand cas ces temps-ci ? L’un des rois d’Alger Hassan Corso l’était bien lui, originaire de cette île fascinante. Le site d’infos en ligne Bakchich a mené son «enquête corse» sur les traces d’Albert Preziosi, héros de la Seconde Guerre mondiale mort dans le ciel de Russie en 1943. Ce héros serait peut-être le géniteur du Guide libyen. Pour les habitants de Vezzani, en Haute-Corse, cette filiation est une évidence. A l’appui de cette quasi-certitude, il est mis en avant le soutien, sans failles, de Tripoli aux nationalistes corses dans les années 70. Cependant, aucun document officiel ne vient étayer ce qui n’est qu’un ragot. Si l’on examine de près le parcours de l’aviateur corse, il paraît crédible qu’il ait séjourné en Libye au moment de la date présumée de la conception de Mouammar Kadhafi. En définitive, le meilleur argument des tenants de cette légende reste la ressemblance frappante entre le leader libyen et Albert Preziosi.
LES ARROSEURS ARROSES. Heureusement que certains de nos contemporains, à la mentalité de fourmis, pensent pour les autres. Ne voilà-t-il pas que l’on parle d’une Arche de Noé de la planète. Soit un gargantuesque garde-manger pour la planète. Une Banque de grains, disent les technocrates sur l’archipel de Svalbard, en Norvège. Pour protéger toutes les semences du monde de la folie des hommes, il y avait les droits de l’homme il y a les droits des grains, mais devant ce qui est annonce déguisée de catastrophe inévitable pour l’humanité, il n’y aura plus personne pour bouffer quoi que ce soit. D’ailleurs, on ne s’en cache pas quand on déclare à propos de ce grenier alimentaire «qu’elle pourrait fournir à l’humanité la nourriture dont elle aurait besoin si une catastrophe survenait.» Quel cadeau pour les générations futures si elles survivent. Les échantillons de graines resteront la propriété des pays d’origine. Ils seront expédiés à la chambre forte par petits paquets hermétiques, avec l’aide de la Fondation Bill et Melinda Gates et du gouvernement norvégien pour les pays pauvres. Pourquoi alors ne pas commencer tout de suite à mettre en pratique autant de générosité ? Sinon, les arroseurs seront arrosés.
LES RAISONS DE RIRE se font rares par les temps qui courent. Un professeur japonais a inventé une machine pour mesurer le rire et une nouvelle unité, le « ah », afin d’établir si l’hilarité d’une personne est sincère, cynique ou moqueuse. Alors testons immédiatement la chose sur le lecteur cobaye en lui annonçant que le 1er ministre du Liechtenstein, ce petit paradis fiscal véritable pompe à fric, implanté au cœur de l’Europe, s’appelle Mario Frick. Ça ne s’invente pas !
« Selon ma théorie, dès que le cerveau détecte quelque chose de rigolo, le diaphragme se met en mouvement », voilà ce que dit Yoji Kimura, professeur en sciences de la communication à l’université d’Osaka, port d’attache de nombreux humoristes japonais. En posant des capteurs sur des volontaires, notamment au niveau de leur estomac, il a mesuré les mouvements du diaphragme et des muscles. Chez nous quand on se marre, c’est le péritoine qui en prend un coup tant nos muscles sont pétrifiés. Sa machine peut chercher jusqu’à 3.000 fois par seconde les signaux électriques produits par le corps, en cas d’hilarité. En Afrique, le diaphragme fait cause commune avec l’estomac quand il émet des borborygmes, surtout quand les gens ont faim, soit tout le temps. Selon l’inventeur, cette précision peut permettre d’établir si quelqu’un rit de bon coeur ou se force, voire si la personne s’amuse cyniquement ou par dérision. M. Kimura a donc établi une nouvelle unité de mesure, le « ah », pour classifier les rires. « Nous avons découvert que le rire des enfants est le plus spontané, avec 10 ah par seconde, soit deux fois plus que celui des adultes », explique-t-il. Un écart attribué aux calculs et arrières pensées des adultes, qui perdent leur spontanéité, en se demandant s’il est approprié de rire en fonction de la situation. Le professeur distingue quatre étapes possibles dans un rire: la détente, la sortie de la norme, le rire de bon coeur et enfin, parfois, l’éclat de rire. Pour lui, comprendre le mécanisme faisant passer de l’un à l’autre « est la clé d’un secret de l’âme humaine ». Car pour M. Kimura, rire permet à l’homme de repartir du bon pied, « comme le redémarrage pour un ordinateur ». Et il croit l’humanité capable de passer, après un « siècle de guerre, à un siècle d’humour et de tolérance ». Nous, on envie son optimisme et ça ne nous fait pas rire.
AU KENYA, certains n’ont pas fini de se marrer, alors que d’autres n’ont pas séché leurs larmes. Après les morts et les mutilés, les vigoureuses poignées de main et les bousboussades, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. C’est aussi çà la politique. La politique a sa propre liturgie, mais aussi son rituel, on se tape dessus pour le fauteuil par civils interposés et quand ça prend trop d’ampleur et qu’on risque d’y laisser des plumes, on arrête tout, on se congratule avec cette pensée d’une grande profondeur philosophique « attends un peu mon pote, on remettra ça dans quelque temps » Et dans les cimetières, les civils qui s’entendaient bien, puis se sont entretués, dorment de leur dernier sommeil les uns à côté des autres, comme de leur vivant, quand ils étaient voisins et se respectaient. A Nairobi, le sérail politique est satisfait, les deux rivaux, le président Mwai Kibaki et son opposant Raila Odinga, ont signé un accord de gouvernement, sous les yeux de Kofi Annan, médiateur de l’Union africaine. Les deux protagonistes ont paraphé un document de plusieurs pages, lors d’une cérémonie publique. Mesure phare de ce pacte : la création d’un poste de Premier ministre, une innovation dans le champ institutionnel kényan, et un fauteuil tout neuf pour le chef de l’opposition. Le bilan de la crise post-électorale est de 1 500 morts et 300 000 déplacés. Mais ça qui s’en préoccupe ?
Kamal Zemouri |