11ème Congrès de l'UGTA
Le rôle de
pompier consacréINVITÉ À DRESSER LE BILAN DE
L'ORGANISATION SYNDICALE, UGTA, son inamovible patron, Sidi Saïd, ne
tarit pas d'éloge sur les "acquis " obtenus aux travailleurs ces
dernières années. Il a parlé de 1,6 millions d'adhérents, un chiffre
invérifiable. Il a aussi parlé d'acquis sociaux, en énumérant le
SNMG qui a été " multiplié par deux entre l'an 2000 (6.000 DA) pour
s'établir à 12.000 DA aujourd'hui ".Il a évoqué " plus de 80 conventions
collectives et accords salariaux ont également été signés impliquant une
moyenne d'augmentation salariale de 23%, englobant le salaire de base et
les indemnités ". Il a rappelé " les différentes augmentations à
l'endroit de fonctionnaires, la difficile négociation pour le statut
général de la Fonction publique et son aboutissement, fruit d'une lutte
de plus de vingt ans, suivi d'une nouvelle grille des salaires qui
verra, je vous le rappelle, son application
avec effet rétroactif au premier janvier, dès ce mois d'avril ". Il a
dit qu'il reste pour les fonctionnaires, " le dernier palier que nous
négocierons après l'application des statuts particuliers ". Il n'a pas
oublié les
acquis rapportés aux retraités qui ont, dit-il, " également bénéficié
d'augmentations ". Dans ce cadre, il a laissé entendre que "pour
garantir la pérennité du système des retraites, nous avons obtenu des
pouvoirs
publics la constitution d'un fonds national de réserve pour les
retraites alimenté par 2% des recettes de la fiscalité pétrolière ". Il
n'a pas aussi omis les travailleurs du secteur privé, pour qui a été
signée " une
convention collective avec les organisations patronales suivie d'un
accord salarial de l'ordre de 20% ". Tout cela rapporté, le patron du
syndicat du pouvoir conclut que " ces avancées sociales nous
réconfortent, mais le travail syndical étant une activité permanente,
nous recherchons toujours à
améliorer les conditions de vie des travailleurs ". Comme on le voit, à
l'en croire, ces " avancées " ont été l'œuvre de ce syndicat. En
réalité, rien de tout cela n'aurait été mis sur la table, si la rue et
surtout les syndicats autonomes n'avaient pas manifesté publiquement,
parfois par des grèves répétées, le mécontentement général dans un pays
où le pouvoir d'achat n'existe plus et où les niveaux des salaires
servis pour ceux qui ont encore la chance d'occuper un travail, sont les
plus bas du monde. C'est le
gouvernement qui a décidé de tout cela pour apaiser les esprits. Or,
toutes ces décisions sont arrivées en retard, de sorte que les
augmentations minimes des salaires et des pensions de retraite d'hier et
celles à venir, n'auront servi à rien face à la poursuite des flambées
des produits de consommation et des services de base. Ce n'est pas l'UGTA
qui a rapporté ces augmentations. Son rôle était et est de jouer au
pompier, en s'invitant aux supposées négociations avec le gouvernement
pour faire semblant de défendre les droits matériels des travailleurs.
Lorsqu'on a un pied dans la sphère du contre-pouvoir (statut dévolu aux
vrais syndicats) et un autre dans le pouvoir, on perd définitivement sa
crédibilité auprès des travailleurs salariés. C'est le cas de l'UGTA
dirigée par des responsables issus des deux partis qui avec le MSP,
forment l'alliance présidentielle et le gouvernement. Un syndicat dont
beaucoup de dirigeants étaient pleinement impliqués dans l'affaire
Khalifa, dont certains sont derrière les barreaux,
qui a dilapidé dans ce scandale, les fonds des caisses sociaux par
milliards des travailleurs, ne peut garder un iota de crédibilité. Du
reste, l'ancien nouveau patron de cette organisation avait dit devant le
tribunal qu'il assumait ce qui est arrivé dans l'affaire du siècle. Une
direction syndicale qui s'implique
sur ordre, dans la politique, en appelant comme les cohortes
d'opportunistes qui malmènent le pays, à un troisième mandat, peut-elle
être considéré favorablement par ceux qu'il est censé défendre ?
D'ailleurs, il le prouve à longueur de semaines. Ce n'est plus le
syndicat revendicatif, selon ses propres statuts. Du reste, il vient non
pas demander l'augmentation du SNMG à 15.000 dinars. Il l'a souhaité
seulement. Et c'est au gouvernement d'honorer ce souhait. Du reste, ce
changement de ton dans
les rapports avec le gouvernement et les pouvoirs publics en général,
Sidi Saïd l'a expliqué ainsi, " pour ce qui concerne l'UGTA,
l'agressivité n'est ni synonyme d'avancées et encore moins de progrès
social au bénéfice des travailleurs ". Il ajoute que " le
syndicalisme moderne auquel l'UGTA croit, s'appuie aujourd'hui
essentiellement sur la concertation, le dialogue, les convictions
solidaires même si, dans des circonstances particulières, des mouvements
sociaux peuvent surgir ". C'est là une manière de critiquer
les syndicats autonomes qui bougent parce que représentatifs des
travailleurs aujourd'hui, mais qui restent sciemment marginalisés. Le
rôle de l'UGTA aujourd'hui, est clair : ne pas ruer dans les brancards
pour perdurer. A ce sujet, le message de Bouteflika adressé au congrès
verse dans cette optique. Le président a ainsi, " salué " ce rôle
qu'elle assume " dans le maintien de la stabilité sociale, comme convenu
dans le pacte économique et social signé en 2006 (...) et dans la
préservation des équilibres
de la société et l'avenir du pays ". En somme, un rôle qui consiste à
prévenir les incendies.
Abbes Benali |