Lettre d'un jeune à ses gouvernants
A vous messieurs qu'on nomme décideurs !

« La dignité ou le Zodiac ! »

L«Algérien et fier de l'être malgré tout, j'ignore tout de cette langue de bois dont vous usez et abusez avec une indécence et une jouissance que je vous laisse seuls assumer. Pour ma part, je me contenterai du parler vrai et donc du parler franc pour tenter de vous convaincre sinon tout simplement attirer votre attention sur mon quotidien, partagé par des milliers d'autres qui plus est, de plus en plus pénible à supporter. Et ce n'est là qu'un euphémisme, juste pour ne pas verser dans un alarmisme de mauvais aloi. Mais le fait est que je suis un jeune chômeur universitaire à l'instar de tant d'autres parmi mes pairs, livré à lui-même parce que toutes les administrations et institutions de la république l'ont " gavé " de vaines promesses. Que de dossiers fournis, que de CV photocopiés à l'envi et expédiés un peu partout, que de requêtes les unes plus pathétiques que les autres, revues et corrigées par mes aînés, que d'énergie gaspillée, que de kilomètres avalés, que de souliers usés, tout cela hélas pour me voir signifier au final, là un refus poli ou ferme, ici une fin de non recevoir ficelée avec ce fameux jargon administratif qui dépasse l'entendement commun. Pourtant j'ai bel et bien lu dans les médias toutes ces annonces et avis de recrutement alléchants et prometteurs pour tous les potentiels candidats à un job. Pourtant j'ai bel et bien entendu moult responsables, chiffres à l'appui, exprimer haut et fort leur intention louable de résorber le chômage. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, comme on dit communément. Est-ce donc demander la lune que d'aspirer d'une part à devenir un acteur social, d'autre part et toute démagogie mise à part, à me rendre utile quelque part à ce magnifique pays qui m'a vu naître, grandir, acquérir un savoir et me donner tant de raisons d'espérer, sitôt mon cursus universitaire bouclé, m'atteler à mettre toutes mes connaissances à sa disposition ? Car il me semble que c'est la moindre des choses que de penser à rentabiliser et fructifier au service exclusif de ma patrie, cela va de soi, tout le potentiel cognitif qu'elle m'a dispensé. Et qui lui a tant coûté. N'est-ce pas là, justement, une raison de plus qui devrait vous inciter, vous qu'on nomme les décideurs, à amortir ce coût, en donnant du travail à tous ces jeunes formés donc à grand frais et qui piaffent d'impatience, tout comme moi, de contribuer, un tant soit peu, au développement socio-économique de l'Algérie ? Dieu qu'il est frustrant d'être impuissant à façonner sa propre destinée, quand bien même notre pays regorge d'atouts, constitue un vaste chantier encore vierge, alors même qu'on est animé, en soi, des meilleures intentions. Je ne vous parlerai pas non plus de mes pauvres parents qui ont tout sacrifié pour leur progéniture et qui n'en finissent pas de prendre leur mal en patience, faisant contre mauvaise fortune bon cœur et qui ont toujours cette extraordinaire pudeur et/ou dignité de taire leur indicible douleur, pour ne rien laisser paraître de leur profond désarroi face à tout ce qu'endurent leurs rejetons. Moi-même et je sais que beaucoup de mes semblables n'en pensent pas moins, j'éprouve une certaine honte et gêne pour ne pas dire humiliation, à vivre encore à mon âge, aux crochets de mes vieux, moi l'intello, le détenteur censé privilégié d'une plus value, moi supposé appartenir donc de par mon statut à ce qu'on a coutume d'appeler l'élite et sur lequel, partant, reposaient tant d'espoirs, les uns après les autres avortés et par la force des choses et par l'imbécillité de certains hommes. Pourtant et c'est ce qui me révolte le plus, dans le discours officiel, je figure plutôt en bonne place, notamment quand il s'agit de parler statistiques, de glorifier la jeunesse en lui accolant tous les attributs flatteurs pour le moins et qui n'ont, au fond, qu'un seul mérite : titiller un tant soit peu notre ego. Avant de retomber sur terre et d'affronter la dure réalité de l'instant. Car n'allez surtout pas croire que je suis un rêveur invétéré ou encore moins un idéaliste impénitent. De fait et au regard de toutes les épreuves qu'il m'a été donné de traverser ou à dire vrai de subir dans ma chair, j'ai appris davantage à rêver les yeux grand ouverts. Ce qui a pour effet bénéfique, par endroits, d'atténuer le choc. Ce qui ne m'empêche pas pour autant de rêver d'une Algérie meilleure, plus équitable, plus soucieuse de ses enfants, de leur devenir, de leur avenir, de leur sort, bref, de tout ce qui fait la raison d'être des êtres. Et j'ai la ferme et intime conviction que tout cela relève du possible, pour peu que disparaisse la langue de bois, que surgissent et s'installent, dans la durée autant se faire que peut, d'autres manières de gérer, d'autres manières de voir, d'autres méthodes, d'autres approches qui disent par leur pertinence et leur pragmatisme, toute la réelle disponibilité et volonté de redonner, au moins, confiance aux jeunes. Car c'est bien beau Messieurs qu'on nomme décideurs, particulièrement et souvent à l'occasion d'une occasion d'ailleurs, de nous qualifier de " patrimoine inestimable ", de " formidable potentiel énergétique ", voir même de " la prunelle de vos yeux ", tandis que la réalité amère du terrain, nous replonge dans un " splendide " isolement. Et contredit, de facto, toute la vaine et stérile rhétorique version fameuse langue de bois. Mais, rassurez-vous, je suis parfaitement conscient que mon pays et c'est là où le bat blesse, précisément, a consacré des budgets faramineux au profit de la jeunesse dont il a toujours fait une réelle préoccupation sinon un souci majeur, il n'empêche, la seule vérité qui compte, reste, quoiqu'on dise, celle à laquelle je me heurte chaque jour que Dieu fait. Et celle-là, messieurs les décideurs, on ne peut vraiment pas dire qu'elle soit amène. Bien entendu, il n'est pas question, en ce qui me concerne, de baisser les bras ou, suprême insulte à mon intelligence, de m'en aller, poussé par le désespoir, grossir la longue liste macabre de tous ces jeunes de mon âge et de ma condition, ceux qu'on désigne donc par les harraga et dont je me garderai, toutefois, de porter un quelconque jugement de valeur. Car j'ai d'abord foi en Dieu et en mon pays ensuite qui a l'obligation et le devoir de tout mettre en œuvre à l'effet d'ouvrir de meilleures perspectives à sa fougueuse et non moins dynamique jeunesse, force vive s'il en est et davantage capable du meilleur que du pire, pour peu que ces messieurs les décideurs, fassent au moins l'effort de mieux la comprendre…Voilà, je n'abuserai pas plus de votre précieux temps tout en ayant la faiblesse de croire qu'une autre Algérie est possible : une Algérie qui fonctionnerait en parfaite synergie avec le puissant souffle et la formidable énergie créatrice de sa jeunesse, par exemple. Dont acte… »


PS : Quel que soit x, h'na imout Kaci…

Amar Zentar

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