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à part
En attendant le
mandat...
Un élu, c’est un homme que le doigt de Dieu coince contre
un mur.
DDISCREDIT ! C’est le titre d’un film poignant de Sembene Ousmane. Il
raconte l’histoire si ordinaire d’un Africain dont l’existence est
suspendue à l’arrivée d’un mandat, si modique soit-il. Quelques sous en
fait, qui vont lui permettre, lui et les siens, de survivre tiraillés à
la fois par deux sentiments contradictoires, un peu de reconnaissance et
beaucoup de ressentiment, celui induit par une ingratitude, qui plus
est, férocement arrogante. Récit porté à l’écran emblématique d’une
époque, bien avant « Indigènes » le thème du mandat, quel qu’il soit,
reste d’une brûlante actualité. Nous sommes tous en attente d’un mandat.
Le terme s’il a des sens différents, concentre en lui un espoir,
toujours le même, celui de mieux vivre, tout étant relatif. En
politique, c’est le seul et rare moment où les hommes politiques
courtisent les électeurs dans le but évident de légitimer un mandat,
qu’ils recevront ou pas, de ces peuples qui se rendent de moins en moins
aux urnes. Le phénomène universel d’abstentions aux élections
constitue-t-il une réaction naturelle, c’est-à-dire clairvoyante ou
primesautière illustrant un certain discrédit de la politique ?
MANDATAIRES ? Quant au terme mandataire, il n’est pas sans rappeler de
mauvais souvenirs. Cela se déroulait quelques semaines après
l’indépendance, en plein ramadhan. Le ministre du commerce M.Khobzi,
nous avait invités à l’accompagner aux Halles d’Alger pour nous
imprégner, nous tous jeunes journalistes, de tristes réalités qui se
faisaient jour, l’euphorie et la grande fraternisation de l’indépendance
allant s’estompant. Quelle ne fut pas alors notre surprise de voir le
président Ahmed Ben Bella nous rejoindre, nous saluer et s’en prendre
sans complaisance aux mandataires, particulièrement à ceux qui
contrôlaient le marché de la viande. Et de leur tenir ce langage «les
Algériens n’ont pas de quoi mettre dans leur chorba, juste pour donner
le goût de la viande » Les mandataires, tout penauds ne pipèrent mot,
mais n’en pensaient certainement pas moins. En 2008, ceux qui tiennent
les clés de notre garde manger, ont le ventre bien rebondi et le coffre,
autant en Algérie qu’à l’étranger, bien rempli. Ceux-là avaient pour
mandat de se remplir les poches, c’est tout !
A NOUS PROVIDENCE ! Puis vinrent d’autres mandataires supposés du peuple
cette fois. Débarqués d’on ne sait quel OVNI, on en a connu, totalement
analphabètes qui ne connaissaient même pas les limites de leur
territoire communal. Ce furent de grands bâtisseurs, mais surtout pour
eux-mêmes. Ont-ils fondamentalement changé en 2008 ? Ils s’habillent
mieux, ont fait des études mais ne renient pas ceux qui les ont
précédés. Sinon comment alors expliquer les importants taux d’absentions
aux élections communales et législatives, ce qui est loin d’être le cas
aux présidentielles. Il faut croire que les Algériens et les Algériennes
croient davantage en l’homme providentiel, comme les Argentins en Peron
ou les Turcs en Mustapha Kemal, plutôt qu’en un élu parachuté que
personne ne verra, tant il sera occupé à tirer profit d’une
position qu’il n’est par certain de retrouver au terme de son mandat? La
remarque est valable pour bien des députés que personne de leur
circonscription ne connaît, et qu’eux-mêmes, pourtant élus du peuple, ne
connaissent qu’à peine dans le meilleur des cas.
UN 3EME MANDAT ? On en parle depuis un moment et on va encore en parler
longtemps du moins tant que la révision constitutionnelle n’aura pas été
aménagée, en ce sens. L’actuelle loi fondamentale n’en permet que deux,
aussi seule sa révision peut autoriser le président Bouteflika à se
présenter pour un autre mandat. C’est aussi simple en théorie, mais la
pratique est toute autre. Il y a les pour et il y a les contre, et il y
a aussi et surtout la grande foule d’indécis. Ceux qui ne savent à quel
saint se vouer, chaque jour apportant son lot de désillusions en
accentuant un manque de lisibilité et de visibilité de la politique de
l’état. Jamais cette définition de la politique n’aura été aussi proche
de nos réalités «la politique fait songer au cercle de Pascal, dont le
centre est partout et la circonférence nulle part».
POURQUOI PAS ? Mais, car il y a un mais et de taille, soyez sûr !
D’abord le bilan de deux mandats. Des réformes ont été entamées, de
grands chantiers ont été lancés, l’énorme problème de l’eau est en voie
de règlement, mais il reste beaucoup à faire. Ceux qui sont opposés à ce
3ème mandat sont en général ceux-là mêmes qui ont freiné, des deux
pieds, afin de ralentir l’application des réformes. Quant aux
réformateurs, on a le droit de leur faire le reproche d’un manque
d’audace et de pugnacité politiques, d’un éclectisme déroutant parfois,
et d’une carence en matière de communication sociale. Il faut dire que
le pouvoir est desservi par des médias publics d’une nullité intégrale,
ce qui les discrédite, tant intra qu’extra-muros. Si 3ème mandat il y a,
ce sera sans doute, la première fois que la constitution de notre pays
précèdera les évènements ? Qu’elle sera, non pas, à sa fâcheuse
habitude, l’aboutissement mais le début de bouleversements drastiques
dont l’Algérie a besoin pour sortir de l’ornière. Encore faudra-t-il ne
pas se limiter à ne réviser qu’un seul article, si important soit-il.
UN 3EME MANDAT POUR QUOI FAIRE ? C’est ce que se demandent,
légitimement, les Algériens ? Las des effets d’annonce, l’Algérien moyen
(au fait a-t-on le droit d’utiliser cette expression encore aujourd’hui
étant compte tenu du laminage de cette classe?) souhaite la disparition
du fléau gangrenant de la corruption, et des pesanteurs bureaucratiques
se manifestant par une administration des plus tracassières. Il veut
davantage de justice et une plus équitable répartition de la richesse
nationale. Enfin, plus de libertés à entreprendre, l’ambition étant
étouffée dans bien des domaines. En ces temps de crise économique, au
pays du baril à 115 dollars, un 3ème mandat pour booster l’économie
réelle, qui pourrait être contre ? Si nous ne saisissons pas cette
opportunité, l’horizon des Algériens restera irréversiblement clos, et
les émeutes, le phénomène harragas et les kamikazes seront alors notre
lot quotidien. A l’impossible nul n’est tenu, n’est-ce pas ? Oui ! Mais
est-ce le cas en Algérie ? À moins que nous continuions à considérer que
notre pays n’est pas une nation, mais seulement un puits de pétrole !
Kamal Zemouri |