CRISE FINANCIERE INTERNATIONALE :
L’effet domino
En 2008, s’ils venaient à être ressuscités, les antiques haruspices qui
lisaient l’avenir dans les entrailles des morts, perdraient leurs
repères. Armaguedon pour demain ! Nombreux sont ceux qui, ces temps
derniers, s’improvisent devins et annoncent la toute prochaine fin du
monde…. Puisque, après tout, nous assistons à la fin de l’histoire !
C’est leur argument massue. En Russie, les membres d’une secte se sont
enterrés, vivants, femmes et enfants compris, durant 5 mois pour
attendre l’apocalypse. Ça ne fait pas rire, c’est patent d’une réelle
inquiétude, et pas seulement en Russie. Le risque n’a jamais été aussi
grand, et c’est plus souvent à nos dépens que nous mesurons le degré
d’interdépendance qui fait que les hommes ont de plus en plus besoin de
pactiser que de se combattre. La crise financière internationale est
l’une des plus récentes manifestations de cet entêtement à ne pas
reconnaître ce postulat, à partir duquel il est possible de bâtir un
avenir commun. Pour de nombreux observateurs, le risque d’une récession
mondiale de l’économie n’est pas à exclure. En mars 2008, la chute du
dollar s’est accélérée. Notre monde est au cœur de tous les risques.
Est-ce un scoop, pour employer un terme de notre temps? Certainement
pas, l’histoire de notre planète est caractérisée par une succession
d’extinctions de masse, dont on dit qu’elle aurait débuté avec celle des
dinosaures, mais rien n’est moins sûr. Ce qui l’est, par contre, c’est
que nous avançons à marche forcée vers une autre extinction, laquelle,
on l’apprendra bien un jour à nos dépends, demain dans mille ou un
million d’années, façon de parler ! Jamais l’imprévisible autant que la
fragilité de notre monde nous apparaissent avec autant de vérités.
L’humanité, du plus riche au plus misérable est devenue anxiogène avec
davantage de peur chez ceux qui ont beaucoup à perdre et plus de
fatalisme chez les autres, majoritaires, qui ne laisseront derrière eux
qu’un souvenir limité à leurs proches. A l’Ouest des États-Unis, le
cours de la bonne vieille valeur refuge ayant grimpé, les orpailleurs se
sont remis en chasse, à 125 dollars l’an la concession. Pour colmater la
saignée, on tente de remplacer les énergies fossiles par les
biocarburants, avec la conséquence désastreuse d’une production agricole
exclusivement destinée aux automobiles. C’est le début de la faim, pour
un milliard d’individus. Ainsi va notre monde depuis Mathusalem. Qu’en
est-il en 2008 de l’état de ce monde qui tourne sur lui-même depuis
quelques milliards d’années ? Cherchons deux scènes métaphoriques afin
d’illustrer notre propos. On pourrait le comparer à un océan où les
requins se seraient rendus les maîtres incontestés des profondeurs
entourés de poissons-pilotes, leurs courtisans, rendant la vie
impossible aux poissons à tel point que ceux-ci feront le choix de se
laisser attraper par les filets des pêcheurs plutôt que de finir dans
les estomacs de squales prédateurs, leur mort ayant au moins une
utilité. Autre ambiance, puisque nous sommes dans les comparaisons, une
cour de récréation où les petits caïds auraient appris à se coaliser,
plutôt que de s’affronter, terrorisant et affaiblissant davantage les
plus faibles. Dans cette cour, pas de barrières raciales et religieuses,
seuls les intérêts des uns et des autres mènent le bal masqué. La
dissolution des barrières personne n’était contre, mais pas de cette
façon la ! La société du risque telle que décrite par Ulrich Beck, ce
sociologue grand inspirateur de la sociale démocratie en Europe. Selon
Beck, nous passons d’une société industrielle, où le problème central
était la répartition des richesses, à une société centrée sur la
répartition des risques, étant donné que ces risques se globalisent et
transcendent les frontières des classes comme des états. Autrement dit,
le risque n’est plus une menace extérieure, mais bien un élément
constitutif de la société. «Les risques apportés par la civilisation ont
pour caractéristique qu’ils se dérobent à la perception tant physique,
géographique que temporelle. Le risque est d’une nature nouvelle et
entraîne une redéfinition de la dynamique sociale et politique, en
devenant un critère supérieur à la notion de répartition des richesses,
qui structurait jusque-là notre société capitaliste» Ce n’est plus une
fiction. Voilà une pensée qui rejoint un constat général qui dénonce une
nouvelle forme de capitalisme caractérisé par son antilibéralisme.
Marcuse avait raison, lui qui voyait dans le fascisme un libéralisme sur
ses gardes. Or la peur est là, une de ces peurs paniques qui fait perdre
tout contrôle, toute logique, et il est à se demander qui aura raison un
jour de notre planète ? L’affolement climatique, la famine et la
réduction des ressources en eaux potables, ou encore une crise
financière qui nous mènera à un affrontement généralisé, l’ultime guerre
mondiale. Ainsi le monde aura débuté par la guerre du feu et s’éteindra
avec une guerre de l’eau. De toute façon, tous ces ingrédients sont
désormais réunis. «Quand la pauvreté et l’humiliation reculent, la paix
progresse» mais c’est tout le contraire qui se passe ! En 2050, nous
serons 9 milliards d’hommes à nous partager inégalement, au train où
vont les choses, des richesses allant en diminuant. À commencer par la
nourriture : les émeutes de la faim dont nous sommes témoins
actuellement s’expliquent par le seul fait que les multinationales ne
s’empressent pas pour livrer leurs stocks sur le marché. Le nombre de
pays exposés à ce type de troubles ne cesse d’augmenter, en Afrique, en
Asie et en Amérique Latine, comme de bien entendu. Les émeutes de la
faim sont la honte de la civilisation. Nous sommes bien dans ce climat
où la souveraineté alimentaire dicte sa loi. Autre élément gravissime,
le trop grand libéralisme qui a encouragé la spéculation immobilière à
faire peu de cas des terres agricoles. Pour l’anecdote, on a vu des
terres fécondes transformées en terrains de golf. Pour l’accumulation
d’argent, rien n’arrête la voracité des hommes, pas même la menace de
risques majeurs. Et comme on ne peut tout mettre sur le dos de la Chine,
il faut bien analyser la situation monétaire internationale, en recenser
les causes et énumérer les remèdes à la crise qui n’épargne personne,
bien que la logique de partages inégaux s’applique encore cette fois.
Les pauvres trinqueront des libations des riches.
Remise en cause des acquis sociaux
Si l’occasion fait le larron, elle peut tout autant permettre un
salutaire ressaisissement afin de sortir l’humanité de cette fameuse
société du risque. Nous en sommes tous un élément ! Le monde est en
pleine mutation économique, et en règle générale si les caisses sont
vides les coffres ont pleins. Assisterions-nous, dans ce même mouvement,
à un renversement de l’ordre des choses ? L’apparition de nouvelles
puissances économiques bouscule les habitudes, c’est certain ! Dans les
pays dits riches, les déficits publics atteignent des profondeurs
abyssales, et les états se mettent aux économies de bouts de chandelles,
à commencer par restreindre leurs propres trains de vie. Donner
l’exemple est nécessaire, car les réformes qui suivent remettent en
cause des acquis sociaux importants et emblématiques. Endettés,
confrontés à la charge de la dette, ces états se voient contraints, au
risque de l’impopularité et de la condamnation au déni de la promesse
électorale, de rogner sur les budgets publics. La dépense publique est
une source importante de crise financière: dépenses de prestige,
dépenses militaires, dépense électorale et clientélisme, corporatisme
des personnels publics, Alors, afin que ces dettes et surtout le coûteux
service de la dette ne deviennent pas les impôts de demain que les
générations futures auront à payer, les états mettent les bouchées
doubles, c’est à leur honneur. En Europe, particulièrement, «on
dégraisse les mammouths» pour reprendre une célèbre formule, ce qui en
soi n’est peut-être pas aussi dramatique qu’on ne le pense si l’on
focalise sur le très court terme.
Ce qui peut surprendre le profane c’est que l’argent ne manque pas, le
problème vient du fait qu’il ne circule pas autant qu’il le faudrait
pour que l’économie réelle du monde puisse faire bonne œuvre. La crise
financière que nous vivons n’est pas une surprise. Premières prémisses :
1997.
Pendant l’été 1998 le télescopage de divers évènements, le plus souvent,
mais pas forcément interconnectés fait apparaître le danger d’une crise
financière et peut-être économique mondiale. Il s’agit notamment des
prolongements de la crise asiatique et notamment de la crise japonaise.
En Asie, les Dragons et les Tigres d’Asie orientale subissent encore les
effets de la crise de 1997 et des mesures d’ajustement de crise
aggravation de la crise japonaise: La crise économique et monétaire de
l’Asie orientale ajoute ses effets à ceux de la bulle spéculative des
marchés immobiliers et bancaires japonais. La stagnation est devenue
récession. On les avait enterrés, non sans une certaine délectation, ces
dragons, mais ne voilà-t-il pas qu’au grand dam des nations qui ont été
aux manettes de l’économie mondiale durant plus d’un siècle et demi, que
d’autres dragons resurgissent, et de sacrées cylindrées, en l’occurrence
la Chine et l’Inde et ans une autre mesure le Brésil. L’ordre que l’on
pensait établi à jamais est sérieusement malmené et chacun cherche ses
nouveaux repères.
Le risque d’une crise systémique combinant les effets de chacune des
crises partielles est donc inévitable. En Europe, la fin de l’état
providence est bel et bien annoncée.
Et puis cette surprenante déclaration d’un secrétaire d’Etat au Trésor
US, lequel estime que « le bien-être économique et la sécurité nationale
des Etats-Unis» sont en danger, étant donné que «Chaque jour qui passe,
sans l’approbation du Congrès au financement du FMI, accroît notre
vulnérabilité à la crise et affaiblit la confiance des marchés mondiaux
»
L’argent des prêts mis sur le marché
Et cela va si mal que ce sont les fonds souverains chinois qui bouclent
les fins de mois aux USA, autrement dit qui comblent les déficits
budgétaires. Le paradoxe de ces fonds est qu’ils sont publics, on évoque
une bulle financière de 3000 milliards d’Euros qui sont injectés dans
des opérations «libérales» La seule Norvège dispose de 7200 entreprises
réparties à travers le monde, grâce à ses fonds souverains, ce qui fait
pester les norvégiens pour qui «cet argent devrait être investi en
Norvège !» Entre temps la bulle US a fini par éclater avec la crise des
subprimes. Comme souvent dans les crises financières, ce qui se passe
est au fond simple, mais l’explication avec des termes complexes et une
analyse bâclée donnent lieu à l’incompréhension, et alimente les
phénomènes de panique. En fait, il s’agit d’un effet, à l’échelle
planétaire, de la fameuse théorie des dominos. Dans le cas de la crise
immobilière américaine, les réactions en chaîne ne se sont pas fait
attendre. Revenons dix ans en arrière pour décrire une conjoncture
économique aux USA plutôt favorable, donnant lieu à l’espoir de bien des
Américains de devenir propriétaires et mise à profit par des gens que
les scrupules n’étouffent guère. Le marché va bien, les consommateurs
aussi, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Vu cette
conjoncture, l’optimisme des Américains se traduit par une détermination
à devenir propriétaire. Il leur faut de l’argent, et beaucoup. Or, pour
acheter un logement à l’époque il faudrait disposer d’au moins 71 000
dollars quand le salaire moyen aux États-Unis est de 35 000 dollars.
Pour répondre aux attentes immobilières des consommateurs, de généreuses
et peu scrupuleuses sociétés de crédit immobilier fleurissent à travers
le pays. Des milliers. Le prêt est risqué et les gens pauvres. Certains
taux d’emprunt peuvent atteindre jusqu’à 18%. Conséquence : le prix des
logements n’en finit pas de grimper alors que les taux d’intérêt
stagnent.
Tout cet argent intéresse les banques qui n’hésitent pas à investir
largement dans ce marché lucratif. En retour, elles transforment ces
prêts en liquidités. L’argent que leur rembourseront les propriétaires
des logements est mis sur le marché, par anticipation.
Mais à partir de 2004, la banque centrale américaine, augmente ses taux
d’intérêt, de 1 % à 5,25 % en 2006. Les prêts immobiliers deviennent
soudain beaucoup plus difficiles à honorer. Les prix commencent à
baisser, mais les propriétaires n’ont pas les moyens de rembourser leurs
emprunts, à moins de vendre leur maison, mais à perte. Un à trois
millions de personnes vont ainsi se retrouver dans la rue. Et
l’expression « crise des subprime » fait son entrée dans une actualité
dominée par les finances.
L’histoire débute donc comme un feuilleton, aux Etats-Unis où des
établissements de crédit consentent des prêts à des ménages aux revenus
moyens ayant acquis un bien immobilier. Rien de philanthropique dans
cette convention, car les ménages sont tenus de rembourser pendant deux
ans les intérêts du prêt, puis à la fois le prêt et les intérêts la
troisième année. Fatalement, beaucoup des emprunteurs n’arrivent pas à
rembourser. Donc la valeur de ces prêts est revue à la baisse. L’un des
deux premiers dominos est en place.
Dans le même élan, d’autres établissements de crédit, sinon les mêmes,
prêtent de l’argent à des ménages américains déjà propriétaires d’un
bien immobilier, lequel servira de caution. Seulement, la demande de
biens immobiliers stagne et, du coup, leurs prix suivent la même courbe.
Puisque la valeur des biens hypothéqués a baissé, les banques se
retournent vers leurs clients pour rentrer dans leurs fonds, aussi les
ménages sont pris à la gorge. Comment alors maintenir la valeur de ces
prêts qui ont perdu par rapport à leur montant initial ? C’est l’autre
domino. Seulement il y a un os, il est de taille. Les prêts ont été «
titrisés »: en clair, ils sont devenus des produits, à l’instar de
n’importe quel autre produit, que l’on peut acheter et vendre en bourse.
C’est en quelque sorte le pêché originel de cette crise. Imaginez que
vous deviez de l’argent à quelqu’un, et que ce quelqu’un revende votre
dette à une tierce personne. Au départ, la rentabilité annoncée était
élevée, pour preuve d’avisés fonds d’investissement se sont empressés
d’acquérir ces titres boursiers. On l’a vu plus avant, ces titres ont
dégringolé, et en toute logique boursière, les fonds d’investissement
les proposent à la vente. Or, qui voudrait s’engager dans une aussi
mauvaise affaire ? Il n’y a pas d’acheteur, sauf à des prix cassés.
C’est le troisième domino, le plus déterminant du scénario de la crise
financière. Et l’effet domino poursuit sa course infernale.
Pour ne pas avoir des problèmes de trésorerie, ces fonds
d’investissement mettent sur le marché d’autres titres boursiers qu’ils
détiennent, lesquels n’ont rien à voir avec les prêts immobiliers ou
hypothéqués initiaux, cause de ces réactions en chaîne. Du coup, non
seulement la valeur de ces titres boursiers régresse, mais en plus, les
banques auprès desquelles ces fonds avaient acheté ces titres vont
disposer de moins de liquidités, l’effet étant des plus brutaux. C’est
le quatrième domino d’importance majeure.
Un climat de méfiance entre les banques
Il est connu que quand des banques ont des problèmes de trésorerie,
elles se tournent vers le marché interbancaire. C’est une opération qui
se pratique quotidiennement. Mais à cette échelle, rarement, ce qui crée
un climat de méfiance des banques les unes vis-à-vis des autres. Chaque
banque ignore à quel point les autres banques ont des problèmes, toutes
les banques se braquent, et refusent toute demande de prêts. Le nombre
de banques à avoir des problèmes de trésorerie va prendre une
extraordinaire ampleur. On a pu voir ces chaînes de clients, à Londres
notamment, pris de panique allant retirer leurs économies. Le manque de
confiance dans le système bancaire a gagné jusqu’aux plus petites
bourses. Un autre domino est tombé. Les banques centrales sont
inquiètes, c’est l’ensemble de l’activité financière qui est en voie de
déstabilisation. Alors, celles-ci vont faire ce qu’il faut en pareil
cas, soit avancer de l’argent aux banques concernées. Le but étant de
rétablir, à moyen terme, une situation stable. Cependant, ces
interventions, compréhensibles pour aider les banques, sont
controversées. Certains économistes jugent en effet que ces nouvelles
liquidités vont favoriser la création d’une autre bulle spéculative,
dans quelques années. En voulant limiter la crise, les banques centrales
auraient donc pris le risque de voir le phénomène se renouveler ?
Entre temps, que se passe-t-il dans les places boursières où les titres
vont et viennent, grimpant, chutant, au gré des évènements et des aléas
en tous genres ? D’abord, il faut savoir que les acteurs boursiers ont
pour principe de toujours disposer d’argent afin de ne pas être pris au
dépourvu et contraints de vendre des titres, d’un bon rapport, dès que
l’un de ses gros investisseurs, oui un groupe de petits boursicoteurs,
veulent récupérer les sommes placées chez eux. Aussi, dans ce climat de
panique générale, on comprend bien que beaucoup de titres boursiers ont
baissé et continuent de le faire. Aurait-on pu éviter cet enchaînement
tragique parti d’un problème américano-américain ? Oui car, selon
certains spécialistes, « cette crise du marché immobilier américain
n’aurait pu avoir qu’un impact limité si les organismes spécialisés dans
les subprimes n’avaient pas revendu ces prêts sous forme de titres
négociables auprès de grandes banques traditionnelles attirées par
l’excellent rendement de ces actifs risqués. Ce mécanisme, la
titrisation, a conduit à un effet boule-de-neige immédiat lorsque les
prix de l’immobilier ont chuté. Les organismes de crédit ont fait
faillite et les banques traditionnelles ont perdu des sommes
considérables en quelques jours. Elles ont donc immédiatement commencé à
réduire fortement leur offre de crédit. Le marché boursier a alors pris
peur, craignant qu’apparaisse une crise de liquidités importante
susceptible de toucher l’économie réelle via une contraction des prêts
aux entreprises» Si nous récapitulons, nous constatons qu’au fil de
cette crise financière, beaucoup de titres boursiers sont en baisse,
beaucoup de banques ont des problèmes de trésorerie, et beaucoup
d’acteurs boursiers vendent à tort et à travers. La bonne nouvelle,
c’est que, sauf catastrophe, la situation devrait redevenir stable dans
les prochaines semaines. La mauvaise, c’est qu’entre-temps tous ceux qui
auront vendu des titres sans rapport avec le marché du crédit auront
commis une erreur. La très mauvaise, c’est que de nombreux petits
épargnants à qui des banques avaient vendu des « placements sûrs » vont
être les dindons de la farce, comme toujours. L’histoire finit souvent
de la même manière qu’elle a commencée. La globalisation s’annonce mal.
Le champ spéculatif s’étend. Bien des états se délestent de leurs
prérogatives régaliennes. Quant à l’altermondialisme, s’il regroupe
toutes les phobies du monde, ce qui l’a jusqu’ici rendu sympathique, les
déshérités de la terre peuvent-ils compter sur, ce qui semble
aujourd’hui à leurs yeux, cette sorte de donquichottisme, version
contemporaine. Les crises ont un avantage, celui de dévoiler la nature
profonde de l’homme. Pour entrer dans leur argent, les matamores de la
spéculation ont mis les bouchées doubles, dans une foultitude de
domaines pourvu qu’il y ait au bout de la plus-value. Ainsi, la très
contestée solution des biocarburants, (or vert contre or noir) supposée
réduire les factures pétrolières, montre le niveau atteint par l’égoïsme
des pays riches qui font passer l’automobile avant leurs contemporains
de cet hémisphère sud, d’où ils puisent la grande majorité de leurs
ressources fossiles et minières. Il y a, là, un véritable problème
moral. Alors que dans 37 pays les populations sont menacées par la faim,
on a pu réunir, çà et là, des milliards de dollars pour remettre à flot
les banques, mais si peu pour aider ceux qui crient famine. Quant aux
larmes de crocodiles versées par le FMI et la Banque, mondiale, tout le
monde sait à quoi s’en tenir sur leurs rôles respectifs passés, et
demeure très circonspect sur le fait qu’ils aient, tout récemment, battu
leur coulpe à propos, notamment, du réajustement structurel. Là,
l’Algérie sait de quoi elle parle.
Kamel Zemouri |