Blog à part 
Sachons, en toutes circonstances, espoir garder

Un peuple, contraint à l'exode par de mauvais bergers, après avoir été poussé au crime, meurt d'épuisement, de maladie, et peut-être aussi de désespoir.

PAS EVIDENT, un blog chaque semaine. Parfois on se demande par quoi commencer. Alors jetons-nous à l'eau, même si c'est une eau nauséabonde, tant pis, on a choisi d'écrire, alors écrivons, et taisons-nous ! On pourrait débuter notre propos par Alger. Oui Alger pour laquelle on n'en dira jamais assez tant les problèmes paraissent insurmontables. El Biar, la sublime place Kennedy, inaugurée par le frangin même du défunt John Fitzgerald. Vue de haut la place, c'est vrai, est coquette, animée, conviviale. Mais alors, ne vous approchez pas de la murette qui ceinture le " trou " supposé être un centre commercial. Il avait plu la vieille, les lieux étaient inondés au moins à 50%. Quelques petites échoppes sont encore ouvertes, mais les clients sont rarissimes. On n'a pas tellement envie d'y descendre. D'abord parce que c'est le vide intégral, ensuite à cause des accès,lesquels quand ils n'ont pas été condamnés dégagent une forte odeur d'urine, pas encore du reste mais ça viendra. Triste, pathétique, lamentable tout ça et combien d'argent cela a-t-il pu coûter au contribuable, qui n'en profite même pas. Pourtant aux lendemains de l'ouverture de cette "excavation", tout El Biar s'y pressait, on venait même de partout voir cette innovation urbaine, avec la curiosité de ceux allant voir un phénomène de foire, tant elles sont rares chez nous.
PLUS BAS, au cœur de la ville, le quartier Meissonnier (on l'appelle encore comme ça !) Juste en face du cinéma Sierra Maestra, qui rappelle notre long flirt avec Cuba, en pleine rénovation, se trouve un espace de délassement pour retraités, coquet également, retapé à neuf depuis peu. Si vous passez par là, jetez un œil sur les bancs. Les lattes de bois sont cassées, arrachées, le sol est sale. Les habitants du quartier disent que tout aurait du être laissé en l'état, soit l'état initial, car c'était pas plus mal avant avec les bancs en granit. Qu'est-ce- que dire cette propension à tout ficher en l'air, car pour casser un banc, des marches d'escaliers publics, faut y mettre de l'ardeur ! Des exemples comme ces deux-là, Alger en fourmille. Quel sort les prédateurs urbains réservent-ils aux futurs métro et tramways ?
BRAVO A HYDRA ! La commune après un long moment a décidé de doter sa plus belle place de bancs publics. Ils sont magnifiques, de plus la place El Qods est agrémentée de bacs à fleurs. On y a mis le temps certes, mais le résultat en vaut la peine. Pourvu que ça "doure" comme disait la maman de Napoléon à son empereur de rejeton. Alors ne désespérons pas.
ESPOIRS. Cela dit, il ne faut jamais désespérer de ses contemporains. Qui a dit que les jeunes Algériens se désintéressaient de leur pays ? Plein, tout plein de monde, nous compris, parfois. Mea culpa, mea culpa ! Non seulement certains veulent connaître leur pays, c'est-à-dire, le terrain, les gens etc, mais aussi l'histoire de telle ou telle région. Comme quoi tout arrive. L'Apalej, une association connue pour son dynamisme, qui ne date pas d'aujourd'hui ni d'hier, ne se cantonne plus à la randonnée ordinaire, ce qui est déjà une excellente chose en soi, mais a pris sur elle de réconcilier les jeunes avec leur histoire. 62 jeunes (dont 21 jeunes filles) venus de 24 wilayas, ont ainsi fait un périple qui les a menés à Constantine redevenue pour l'occasion la grande et antique Cirta. Ce saut dans le passé leur a permis de vivre intensément l'épopée d'Ahmed Bey, de mettre leurs pas dans ceux de Cheikh Ibn Badis et Bachir El Ibrahimi. Les visites furent chaque fois enrichies par des conférences : en guise de support didactique, il n'y a pas mieux. Au terme du séjour à Bordj Bou Arreridj, El Mokrani, Boumezrag, n'avaient de secrets pour personne. Sétif ensuite, pour le sanglant mois de mai 1945, et Djemila pour ses vestiges romains. Pour clore ce circuit, Ifri, l'incontournable site où se déroula une page de l'histoire nationale avec le Congrès de la Soummam. Rentrés chez eux ces jeunes par ricochets, feront part de leur nouveau savoir à qui voudra les écouter, pour eux l'histoire ne sera plus jamais cette abstraction à laquelle notre école n'a pas su donner vie. Aussi, l'Apalej ne compte pas s'arrêter en si bon chemin.
BABYLONE. Une autre association, l'Anej, dont notre journal a souvent fait le récit de son activité, a retenu le créneau de l'histoire, avec une sortie à Tamentit. Le matin, les 80 participants contribuaient au nettoyage de cette cité au riche passé. Dans ce genre de visite, une constante s'impose : joindre l'utile à l'agréable. Les après midi étant consacrés aux visites, aux contacts avec les jeunes du sud et à l'étude de l'histoire de cette région que l'on n'hésite pas à nommer " la petite Babylone " D'autres la nomment la petite Mésopotamie, mais comme ce terme veut dire " entre deux fleuves " et que dans le Touat, le Gourara et le Tidikelt, il n'y a ni Euphrate ni Tigre, mieux vaut utiliser le premier toponyme, davantage en phase avec l'histoire antique. En visitant Tamentit, Bouda et Zaouiet Kounta, et leurs petits musées, les jeunes ont bien compris qu'il n'existait de désert que dans la tête des hommes. Un grand bravo à toutes les autorités régionales et locales qui se sont prises à ce jeu de la découverte de soi. Fin mai, l'Anej se propose d'encadrer une visite à Annaba sous le thème " la vie de Saint Augustin ".
Ne désespérons pas. Tenons bon ! Ne focalisons pas, comme des malades, uniquement sur ce qui ne tourne pas rond. C'est le credo de la fédération de plein air de loisirs et d'échanges de jeunes (Apalej) et de l'association nationale d'échanges de jeunes (Anej) qui se sont données le mot pour explorer le passé des régions visitées, et éclairer l'avenir de centaines de jeunes Algériens et Algériennes.
ODE A LA TERRE Ah ! Chère terre autrefois nourricière et qui remplit jusqu'aux garde-manger de la Rome antique, si tu pouvais pardonner nos offenses. Nous ne te demandons pas d'oublier, à l'impossible nul n'est tenu. Et tes sillons se souviennent encore de l'oubli dans lequel les socs des charrues l'ont tenue et les cris du laboureur ne lui parvenant plus, elle s'est repliée sur elle-même, s'arc-boutant de toute sa puissance pour ne pas voir ces hommes, plongés dans le délire, allant jusqu'à commettre l'un des pires péchés de l'humanité celui d'ingratitude. De l'oubli ? Que dis-je, du mépris, oui carrément du mépris pour le travail des laboureurs et de leurs enfants, vecteurs incarnés d'une civilisation millénaire. Oranges, olives, pastèques, cerises, pommes, poires, pêches, abricots, figues, mais où étiez-vous donc passées ? Mais ne désespérons pas, encore une fois, tout vient à point à qui sait attendre. Il est rai que pour l'attendre, en Algérie les gens sont de grands encaisseurs devant l'Eternel. Bientôt on va injecter d'énormes capitaux dans l'agriculture. C'est annoncé très officiellement. Ouf ! C'est le soulagement pour tous les Algériens, frustrés de voir leur bonne vieille terre réduite en jachères depuis l'intempestive et contreproductive décision de la collectiviser. Même l'égoïste et égocentrique Europe reconnaît que c'est mal, voire immoral, de subventionner les prix des produits de la bouffe à l'exportation "ça empêche les pays du sud de travailler la terre " il est plus facile d'importer surtout quand on a de l'or noir pour régler la facture. Ce serait encore mieux, d'utiliser les recettes du pétrole à d'autres fins. K. Z.

 Kamal Zemouri

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