RECONCILIATION NATIONALE :
Dysfonctionnements, bureaucratie et manipulations.

La mise en œuvre des textes portant réconciliation nationale, adoptés en février 2006, soit plus de deux ans après leur sortie, continue de faire des mécontents.
Parmi eux, les repentis qui aux dires du président de a commission étatique des droits de l'homme, l'avocat Farouk Ksentini, ne cessent de frapper à sa porte, pour se plaindre de leur situation sociale précaire. Récemment, un groupe d'entre eux, mandaté par 250 individus concernés était reçu par l'avocat, à qui un cahier de revendications a été remis. Ksentini faisait savoir que les repentis en question disent " souffrir du fait que depuis leur retour des maquis, ils n'ont pas été réintégrés dans leurs anciens postes de travail, qu'ils ne sont pas logés et n'ont pas les moyens de vivre ". Ils se plaignent aussi du fait que cette situation les " fragilisent " et qu'ils " ne peuvent pas vivre de mendicité et attendent qu'ils soient réintégrés dans leurs anciens postes de travail ". L'avocat a parlé de dysfonctionnements constatés dans l'application des textes issus de la charte votée en septembre 2005, par référendum. Il a accusé la bureaucratie d'être à l'origine de cet état de fait. Ksentini s'est montré affecté par les misères de ces anciens terroristes qui ont répondu à l'appel de la société en désertant les maquis. Sa motivation était d'éviter à ces individus de retourner aux maquis poussés qu'ils seraient par le désespoir. Il a dit qu'il faut les écouter et régler leurs problèmes justement pour que ne naissent pas en eux, des idées du genre. La nouveauté cette fois-ci, c'est que le groupe reçu par l'avocat dit que les repentis " souffrent " d'avoir été sollicités par des ONG internationales et de médias arabes comme Al Jazira, qui auraient tenté d'utiliser leur situation sociale " dans le but de porter atteinte à la réconciliation nationale ". Ksentini a pris pour argent comptant les dires de ses interlocuteurs, qui lui ont cité la chaîne qatarie, même si celle-ci est interdite de travail en Algérie. Il ne croit pas que ses invités voudraient par cette information, faire dans la manipulation politique et la menace voilée, pour que leurs problèmes sociaux soient pris en charge par l'Etat. Ksentini s'est lancé dans une diatribe contre ces ONG et ces médias qui " ont sollicité des interviews auprès des repentis moyennant finances, pur leur faire dire des propos malveillants à l'égard de la réconciliation et de l'Etat algérien qui n'aurait pas tenu ses engagements. Ces parties, dit-il, sont intéressées de " voir la réconciliation nationale échouer ". Il a donc porté tout cela à la connaissance de l'initiateur de cette démarche, le chef de l'Etat. Certes, les bureaucrates chargés de mettre en œuvre les textes de la réconciliation font des leurs et cela a été dénoncé à maintes reprises par ci par là, dans des réunions officielles. Du reste, les dysfonctionnements dont parle l'avocat n'affectent pas les seuls repentis. D'autres catégories concernées par ces textes, comme les victimes du terrorisme, les veuves de terroristes, leurs enfants etc., se plaignent aussi de la machine bureaucratique.
Lorsqu'on entend le ministre de la solidarité se gargariser de chiffres à ce sujet, l'on croirait que tous les problèmes ont été réglés. Or, au vu des mécontentements qui continuent de se manifester, il est difficile d'y croire. La solution est donc, dans le camp de l'Etat qui doit combattre la bureaucratie et les bureaucrates défaillants, qui se jouent d'une question aussi sensible et délicate pour la paix civile. Les interlocuteurs de Ksentini se plaignent de n'avoir pas été réintégrés dans leurs anciens postes de travail. Il faudrait vérifier s'ils en ont le droit. Parce que, certaines professions jugées sensibles, comme l'enseignement et l'imamat, sont exclues par une loi de 2006, de la réintégration de leurs anciens fonctionnaires qui avaient versé dans la subversion armée. S'agissant des médias qui auraient approché les repentis pour des interviews, il convient de rappeler que ces derniers n'ont pas le droit légal de faire des déclarations publiques et notamment dans les médias. Il est en outre, interdit de dire du mal de la réconciliation nationale.
Ces derniers ne l'ignorent pas. Ils ne veulent pas par conséquent du bien pour ces personnes. Du reste, il se dit que les repentis comptent créer leur association en vue de faire valoir leurs droits, mais aussi pour convaincre ceux qui ont rejeté la réconciliation de revenir à de meilleurs sentiments. Jusque-là, toutes les demandes de créer des associations et des partis sont gelées par les autorités.
 

Abbes Benali

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