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Dessalement d'eau
de mer en Algérie
Un processus complexe et coûteux
En Algérie, la compagnie
nationale des hydrocarbures, Sonatrach opère, depuis 2002, dans le
dessalement d'eau de mer. Elle y est fortement impliquée à travers la
société mixte Algerian Energy Company (AEC), dont elle est actionnaire à
hauteur de cinquante pour cent (50%). Le programme de dessalement d'eau
de mer comprend treize unités réparties dans plusieurs régions; toutes
ont été mises en chantiers, en partenariat avec des sociétés étrangères.
La première unité de dessalement d'eau de mer est située dans la zone
industrielle d'Arzew, à Oran. C'est un chantier important dont les
travaux ont démarré en septembre 2003.
Ce projet, ce sont quatre-vingt-dix mille mètres cubes
d'eau par jour. C'est une usine montée en partenariat avec Black and
Veatch (Etats-Unis), Sogex (Oman) et Itoshu (Japon), des groupes connus
et reconnus en matière de dessalement d'eau de mer. Elle a été mise en
service, fin 2007. Elle permettra de satisfaire les besoins en eau des
différents complexes de la zone et produire de l'électricité grâce à une
centrale combinée d'une capacité de trois cent dix-huit mégawatts. Autre
station dans la région d'Oran, celle de Magtaa. C'est en projet. L'usine
a été confiée à Hyflux, une société singapourienne réputée dans les
techniques de dessalement d'eau de mer. Dans une compétition ouverte
d'attribution de marché, Hyflux a fait une meilleure offre commerciale,
proposant le mètre cube d'eau dessalée à 0,55778 dollar. Hyflux a ainsi
fait mieux qu'Acciona Agua, Espagne, (0,7985 dollar), Inima Aqualia,
Espagne, (0,6456 dollar), Defessa Sdyt Somague, Portugal, (0,6298
dollar), Biwater Toray Arcofina, (0,7975 dollar), Ge water, Etats-Unis,
(0,8520 dollar). Ce sont des entreprises qui ont retiré les cahiers de
charge relatifs à ce projet. Elles n'ont pas été retenues au final.
La société singapourienne a proposé également de mettre 468 millions de
dollars dans ce projet et un délai de réalisation ne dépassant pas
vingt-huit mois. C'est une " prouesse ", se plaisent à dire les chargés
des programmes de dessalement d'eau de mer. La station de Megtaa compte
parmi les plus grandes au monde. Elle va s'étaler sur une superficie de
dix-huit hectares. Elle est destinée à l'alimentation en eau potable de
la région oranaise, toute la région oranaise. Une série d'ouvertures
publiques des plis de sociétés ayant soumissionné pour des usines de
dessalement de l'eau de mer en Algérie a été déjà effectuée. Elle a
concerné, entre autres, les projets de stations de dessalement de Ténès
(Chlef - 200 000 m3), Oued Sebt (Tipasa - 100 000 m3) et El Tarf (50 000
m3). La dernière station à être mise en service, c'est celle d'El Hamma,
la première étant donc celle d'Arzew. L'usine d'El Hamma a été
construite par des Américains pour 250 millions de dollars. La compagne
nationale des hydrocarbures travaille également à d'autres projets de
dessalement d'eau de mer comprenant des centrales électriques de grande
capacité parmi lesquels on peut citer celui d'Alger, d'une capacité de
deux cent mille mètres cubes par jour, couplé avec la centrale d'El
Hamma. En plus de celui de Skikda, d'une capacité de cent mille mètres
cubes par jour et une production d'électricité de huit cents mégawatts,
dont le contrat a déjà été attribué. La construction d'une centrale
électrique associée à une usine de dessalement de l'eau de mer à Arzew,
c'est un investissement estimé à 460 millions de dollars. La mise en
place d'une centrale électrique à Skikda par la société canadienne SNC-Lavalin,
c'est un investissement de 430 millions de dollars, dont 20% détenus par
cette même société. Il est attendu que l'ensemble des unités de
dessalement d'eau de mer programmées soit opérationnel avant 2011. A
Alger, comme à Oran, Skikda, El Tarf, ou Tipaza, pour ne citer que ces
régions-là, l'objectif assigné à ces usines de dessalement d'eau est
d'approvisionner les grands centres urbains en eau dessalée et de
réserver les eaux traitées et les eaux de barrage à l'irrigation,
l'agriculture et l'usage industriel. Le dessalement d'eau de mer reste
une option coûteuse, un processus complexe. C'est une technique
hautement développée à laquelle les sociétés nationales ne se sont pas
habituées. L'investissement dans le dessalement d'eau de mer représente
une proportion importante dans l'investissement étranger direct dans le
secteur de l'énergie, dont les hydrocarbures tiennent le haut du pavé.
Ce sont des investissements supportés par les banques publiques dont le
chef de fil est le CPA. La Banque nationale d'Algérie (BNA) y est
également impliquées. Elle va injecter 1,3 milliard de dollars (92
milliards de dinars) dans le secteur de l'énergie. Ce sont des crédits
que la banque va consacrer, aux côtés d'autres bailleurs de fonds, à un
programme d'investissements inscrit dans le secteur comportant, entre
autres, deux stations de dessalement de l'eau de mer, Magtaa (Oran) et
Souk Tlata (Tlemcen) d'une capacité de 200 000 m3 par jour. Ce sont des
crédits importants en volume. La BNA, les tire de l'épargne interne
collectée par son réseau, évitant ainsi toute opération d'endettement.
Les projets du secteur de l'eau retenus en Algérie, ce sont des
investissements estimés à douze milliards de dollars pour 2005-2010.
Aujourd'hui, ce sont 28,7 millions de m3 qui sont produits chaque jour
dans le monde, ce qui fournit 1,4% de l'eau totale produite. Les
Françaises Veolia et Suez se taillent la part du lion avec
respectivement 4 millions et 1,5 million de m3 par jour, soit plus d'un
cinquième de la production mondiale. L'américain General Electric
produit lui, chaque jour, 3 millions de m3. Deux technologies coexistent
: les membranes ou osmose inverse - l'eau de mer sous pression est
filtrée, ce qui permet de retenir le sel - et la thermique - l'eau de
mer est évaporée puis condensée. Cette dernière technique est beaucoup
plus coûteuse que l'osmose inverse. Elle ne convient que si on construit
simultanément une centrale électrique, puisque les usines thermiques
consomment énormément d'énergie. Sans cela, le coût d'un m3 d'eau
pourrait monter jusqu'à 4 euros. Totalement inabordable pour la plupart
des pays. C'est la solution adoptée dans les pays du Golfe où les
besoins en eau et en électricité sont énormes. En tout dans le monde, le
marché du dessalement est évalué par Global Water Intelligence à près de
80 milliards d'euros d'ici à 2015, dont 40 milliards serviront pour de
nouvelles installations qui permettront de doubler les capacités
actuelles. Les pays du Golfe continueront à être les principaux
prescripteurs de cette méthode avec près de 90% d'augmentation des
capacités et 12,5 milliards d'euros dépensés. En 2015, ce sont donc 29
millions de m3 d'eau qui seront produits chaque jour contre un peu moins
de 15 millions aujourd'hui dans la région. Le pourtour méditerranéen
sera également très demandeur et notamment l'Espagne, la Libye et
l'Algérie.
Rachid Tadart |