Fête du Travail et journée de la Presse

Morale, satisfecit et... réalité

Dans des moments pareils, seules des décisions suivies d'effet sont à même de mobiliser.

Les salariés ont ainsi appris que l'Algérie a fait chuter le chômage qui est passé de 29,5% en 1999 à 11,8% en 2007. Personne ne peut vérifier ces statistiques et lorsqu'on voit les masses de jeunes, d'oisifs qui traînent dans les rues, mais aussi les mendiants et les SDF, l'on n'est pas convaincus. A propos du pouvoir d'achat, le message affirme que si sa " dégradation régulière " avait atteint un niveau à la limite du soutenable pendant la décennie quatre-vingt-dix, elle " a été enrayée " et " a fait place à une amélioration tendancielle des revenus réels des différentes catégories de travailleurs ". Si cela est, pourquoi alors la majorité de nos concitoyens se lamentent à longueur de journée sur leur sort et sur l'impossibilité de joindre les deux bouts, face aux flambées des prix et la spéculation que le pouvoir n'arrive pas à endiguer ? Bouteflika dit aux Algériens que " notre objectif ne doit plus être seulement de faire baisser le taux de chômage. Nous devons réaliser une société de plein emploi ". C'est là un discours digne du parti unique durant la longue période du socialisme triomphant. Personne ne connaît de pays qui a réalisé " le plein emploi ", un concept qui n'existe pas du reste. Mais le must du message est cet appel aux jeunes qui ne pourrait pas assurer " un avenir acceptable ", en s'adonnant à " une émigration désespérée ". Ces jeunes qui mettent leur vie en danger, sont-ils donc inconscients ? Pourquoi veulent-ils quitter ce pays riche qui peut assurer un avenir radieux à au moins 150 millions de personnes et qui n'arrive pas à sa faire aimer par moins du tiers d'Algériens ? Ce sont ces discours moralisateurs qui appellent les jeunes à ne pas perdre patience et à " ne pas renoncer à leurs rêves, mais à tenter de les réaliser dans leur propre pays ", qui ne portent pas. Dans des moments pareils, seules des décisions suivies d'effet sont à même de mobiliser. Lorsque des journalistes qui ne passent pas leur temps à courtiser le pouvoir sous bénéfice d'inventaire, évoquent les problèmes du pays parfois planifiés par les tenants de la médiocrité et les laudateurs intéressés par la rapine, ils sont traités de plumitifs et au mieux de non patriotes. Ils sont invités sèchement à " acquérir davantage de professionnalisme " et à " respecter les normes régissant le service de l'information, qui consacrent le droit à l'information et évitent tout ce qui s'inscrit en porte à faux avec la crédibilité et l'objectivité ". Aujourd'hui, il n'y a plus de " journalisme militant ", qui paie son homme chargé de travestir la réalité. Le véritable journaliste, homme politique ou militant associatif est celui qui expose crûment ce qui ne va pas, pour que ceux en charge de gérer les affaires de la collectivité en soient alertés et corrigent les travers. Combien de dérives ont été dénoncées dans les écrits des journalistes et qui ont été corrigées ? Combien de journalistes non-conformistes, sous payés et très mal considérés qui ont dénoncé des avatars prouvés ont eu pour cela maille à partir avec une justice toujours aux ordres ? Cela dit et pour revenir à l'emploi, le ministre chargé du secteur vient d'annoncer que " les recrutements des jeunes diplômés dans le cadre du dispositif d'aide à l'insertion professionnelle adopté récemment par le conseil de gouvernement entreront en vigueur à partir de juin 2008 ". Il a ajouté que ce nouveau dispositif permettrait " la création de près de 400.000 postes d'ici la fin 2009 ". Une seule question, pourquoi avoir attendu jusqu'à aujourd'hui, soit 9 ans depuis la venue de Bouteflika, pour penser à " ce nouveau dispositif " ? Il nous append par ailleurs, que le futur code du travail comprendrait des dispositions sur la lutte contre le travail informel. Des experts évaluent à 1,5 million les personnes qui vivent grâce à l'informel. Il y a eu des promesses officielles d'en finir avec l'économie informelle. Pendant ce temps, celle-ci ne fait que gagner du terrain, faisant prospérer des parasites qui ont leurs entrées dans les rouages de l'Etat. Ce sont ces parasites qui exploitent les jeunes chômeurs qu'on comptabilise parmi les personnes disposant d'un revenu et donc d'un emploi à inclure dans les statistiques. Parmi ce beau monde, de très nombreux journalistes…

Abbes Benali

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