|
Hydrocarbures :
La folle course de l’or noir
Le cours du pétrole a dépassé
vendredi dernier, pour la première fois, le seuil des 126 dollars à New
York, quelques heures après avoir franchi celui de 125 dollars,
poursuivant une course folle, nourrie par les craintes sur l’offre
pétrolière, la robustesse de la demande et la spéculation sur certains
marchés.
Spectaculaire
sur un an, la hausse des prix s’est encore accélérée au premier
trimestre cette année: 100 dollars le 2 janvier, 105 dollars le 6 mars,
110 dollars le 13 mars. Et depuis lundi dernier, l’emballement est
vertigineux et les records quotidiens. Et, cette tendance fluctuante
pourrait se poursuivre. Du jamais dans l’industrie pétrolière. Des
analystes à New York estiment que le prix du pétrole pourrait atteindre
la barre des 150 dollars le baril, essentiellement du fait que la
demande mondiale en pétrole excède l’offre et qu’il est peu probable que
cette situation soit renversée, sous peu. Pour le Département américain
de l’énergie (DOE), la forte demande en pétrole et l’offre limitée est
la cause principale de la hausse du cours du pétrole brut. La production
est 84,64 millions de barils par jour, tandis que la consommation est de
85,7 millions par jour.
Le déficit pourrait s’aggraver davantage, note le DOE. Cette analyse ne
s’éloigne pas de celle appuyée par Harry Tchilinguirian, expert de la
banque française BNP Paribas, un des principaux réseaux bancaires
mondiaux, repris par des agences de presse: le fond qui est derrière la
hausse du prix du pétrole est l’augmentation du déficit entre la demande
globale en pétrole et la croissance de la fourniture des pays non
membres de l’OPEP. Shanquan Li, vice-président de Global Equity Group,
affirme, lui, à Xinhua que le taux de croissance de l’exploration et de
la production du pétrole brut est inférieure à celui de la consommation.
Ceci contribue à la montée en flèche du prix pétrolier ces dernières
années, a-t-il dit. D’autres facteurs favorisant la hausse du prix.
Beaucoup d’autres facteurs ont poussé à la hausse le prix du pétrole.
Selon Pingfan Hong, responsable des affaires économiques et sociales, au
Département des affaires économiques et sociales de l’ONU, la
dévaluation du dollar américain, provoquée par l’abaissement des taux
d’intérêts par la Réserve fédérale américaine, a rendu le pétrole
relativement moins cher pour ceux qui détiennent l’euro et d’autres
monnaies. Le marché à terme offre une couverture à un dollar faible, a
expliqué Hong, ajoutant que les transactions à régler en dollar sont
plus séduisantes pour les investisseurs étrangers lorsque le billet vert
est chute. Pourtant, beaucoup d’autres personnes estiment que la
spéculation du pétrole « met de l’huile sur le feu ».
Les analystes de marché indiquent que d’autres facteurs contribuant à
l’augmentation des cours du brut comprennent l’incertitude géopolitique,
les désastres naturels, le changement des stocks de pétrole, notamment
aux Etats-Unis, la production de l’OPEP et la capacité des raffineries.
L’impact des prix élevés sur l’économie mondiale est-il réel ? Des
analystes estiment que le montée en flèche du prix pétrolier a un impact
sérieux sur l’économie. Ce développement augmente notamment le coût de
la production d’électricité, ce qui fait monter le coût de la
manufacture. La hausse du prix du pétrole réduit aussi la confiance des
consommateurs et leurs dépenses. Wall Street Journal indique que
l’influence du prix élevé du pétrole est plus sérieuse pour les
économies émergeantes que pour les pays développés, ajoutant que
beaucoup de pays ont augmenté les prix des combustibles. Harry
Tchilinguirian a fait remarquer l’influence de la hausse du prix
pétrolier sur les marchés émergeants non membres de l’OCDE comme la
Chine, l’Inde et la région du Moyen-Orient. Selon la radio américaine
NPR, l’influence de la hausse du prix. L’Opep est-elle responsable de
cette tendance haussière des cours sur les marchés ? Les pays
consommateurs lui reproche d’avoir refusé de mettre plus de pétrole sur
les marchés. Réunie début mars dernier en conférence ordinaire à Vienne,
l’organisation pétrolière a décidé de maintenir inchangés ses quotas de
production, estimant que le marché pétrolier est suffisamment
approvisionné et que les prix élevés sont dus à la faiblesse du dollar
contre laquelle les investisseurs se couvrent en achetant massivement
des contrats pétroliers à terme. De plus, le ralentissement économique
aux Etats-Unis se précise, malgré les assurances fournies par
l’Administration Bush. Ces arguments, aussi convaincants soient-ils, ne
sont pas du goût des pays consommateurs. A l’écoute des marchés,
l’organisation pétrolière peut, si c’est nécessaire, pomper davantage.
Elle tiendra sa prochaine réunion le 9 septembre à Vienne, mais elle
pourrait éventuellement organiser une réunion d’urgence avant cette date
en cas de besoin. L’OPEP peut se réunir n’importe quand si le marché le
nécessite, notent ses responsables.
L’organisation des pays exportateurs de pétrole d’aujourd’hui est
différente de celle d’il y a vingt, trente ans. L’on dit qu’elle a
regagné de l’influence politique en attirant de nouveaux membres mais
qu’elle a perdu de sa capacité à contrôler les prix. Si elle peut encore
enrayer une éventuelle chute des cours de l’or noir en réduisant sa
production, l’organisation a perdu ces dernières années le pouvoir de
stopper leur envolée, faute de marge de manœuvre pour injecter du
pétrole sur le marché. L’organisation est sans doute plus influente
qu’il y a quelques années, estime Francis Perrin, directeur de la
rédaction de la revue Pétrole et gaz arabes, cité par des agences de
presse. L’OPEP n’en reste pas mois puissante. Elle représente 40% du
pétrole mondial, avec plusieurs de ses 13 membres assis sur les réserves
les plus importantes au monde, et un potentiel de hausse de la
production pour des dizaines d’années. L’an dernier, deux nouveaux pays,
l’Equateur et l’Angola, l’ont rejoint, ce qui accroît son poids
symbolique.
Rachid
Tadart |