Marché financier : La Bourse d’Alger en phase balbutiante

Air Algérie et les autres...

Les spécialistes le disent : la crise financière que connaît actuellement les grandes places boursières en Europe, en Asie, et en Amérique, dans le sillage de la crise des crédits immobiliers née aux Etats-Unis, n’a pas d’effets notables, directs, sur les entreprises nationales, encore moins sur la Bourse d’Alger. Grand plan sur une institution financière à l’arrêt ou presque, depuis plusieurs mois. Le constat est connu de tous, la situation dans laquelle se trouve la Bourse d’Alger n’est pas des plus reluisantes. Explication : il est des séances de cotation ratées et des entreprises qui s’en sont retirées. Et, ce n’est pas tout, des entreprises, toutes publiques, importantes en nombre, du moins, candidates à l’entrée en bourse se faisaient attendre. La bourse ne voulaient-elles pas d’elles ? La question reste pendante.

Le mouvement de cotation au sein de cette institution, créée en 1999, demeure, pour ainsi dire, faible, très faible même. Elle n’est pas, en tout cas, à la mesure des promesses données par le ministre des Finances, Abdelatif Benachenhou, au cours de 2004. Celui-ci affirmait que l’année 2004 sera celle de la Bourse. Il n’en est rien. Que de gâchis, disent des chefs d’entreprises intéressés qui souhaitent entrer en bourse. En fait, Benachenhou misait-il sur des entreprises connues ? Retour sur une réalité faite d’imprévisions : il y a moins de deux années, des sociétés nationales, toutes publiques, s’étaient portées candidates à l’accès en Bourse : l’EPAL (Entreprise portuaire d’Alger), l’ENTMV (Entreprise nationale de transport maritime de voyageurs), Air Algérie et l’Entreprise portuaire d’Arzew, la CAAR, la CAAT, l’EGT El Djazaïr, une entreprise hôtelière, ainsi que la société nationale des tabacs et allumettes (SNTA), entre autres. La sélection s’était effectuée. Mais elle ne s’était pas terminée dans l’euphorie pour tout le monde. Il fallait s’y attendre, parce que les critères de sélection « étaient draconiens », estiment des chefs d’entreprises.
Seule Air Algérie a été retenue, au final. Elle a eu le quitus de la Commission d’organisation et de surveillance des opérations de Bourse (COSOB). C’est elle qui juge. Air Algérie, sélectionnée, l’a été pour donner de la consistance à la Bourse d’Alger. C’est une entreprise connue, à l’échelle régionale mais aussi internationale. Associer le nom d’Air Algérie à la Bourse d’Alger, c’est créer une nouvelle dynamique dans le marché financier. La Bourse d’Alger en tire profit. La compagnie nationale de transport aérien aussi. Celle-ci, pour les besoins de ses financements, avait lancé l’emprunt obligataire, une opération qu’elle ne peut faire en dehors de la bourse. L’emprunt obligataire, c’est un produit négociable, libellé en dinars. En vertu de cette opération, Air Algérie avait déjà levé un montant de 4,608 milliards DA. Objectif, le renouvellement de sa flotte. C’est une première opération. Et, elle est le début d’un processus en trois étapes. L’idée est de mobiliser cinquante milliards de dinars nécessaires à l’acquisition de quatorze avions financés à hauteur de 70% par l’emprunt obligataire dont il est question. Sont impliqués dans ce montage financier la Banque d’Algérie, au titre de courtier accompagnateur, et le cabinet d’experts Strategica. L’opération a ceci d’avantageux qu’elle permet d’éviter les risques de changes ainsi que la prime de risque associée au financement extérieur. De plus, cette formule est de nature à mobiliser des fonds sur le marché domestique à des taux de rémunération inférieurs aux crédits bancaires classiques. La compagnie nationale travaille à la maturation de projets de mise à niveau liés à sa flotte vieillissante et à ses structures subalternes. Cette restructuration, elle se doit de la mener à bien, n’ayant pas le monopole sur l’aérien, comme cela a été la cas par le passé. Plus qu’une nécessité, elle est un défi à relever dans un ciel ouvert à la concurrence. Des compagnies étrangères surdotées en moyens font concurrence à la compagnie nationale sur le réseau international. La concurrence existe, mais la qualité de service d’Air Algérie ne s’est pas encore améliorée, la demande n’a pas encore été satisfaite surtout sur le réseau interne, et la billetterie a fortement augmenté et sur le réseau domestique et sur celui international.
La compagnie nationale transporte à perte, se plaint souvent sa direction. Celle-ci estime que les réajustements qu’elle a opérés sur sa billetterie n’y ont pas changé grand-chose. Air Algérie a eu à subir les conséquences des attentats du 11 septembre 2001, comme toutes les compagnies aériennes. Elle a eu ainsi à revoir ses engagements avec ses assureurs. La nouvelle direction de la compagnie nationale, installée depuis quelques semaines, semble vouloir faire avancer les choses aussi bien dans le domaine des équilibres financiers que dans celui de la modernisation de l’entreprise (à suivre, ndlr). Autre société ayant réussi son introduction en bourse : la Sonelgaz. Elle s’est mise aussi à l’emprunt obligataire. Elle veut financer une série de projets, dont des centrales électriques en partenariat avec des opérateurs étrangers. La société voit grand. Elle a besoin, en tout, d’environ douze milliards de dollars sur les dix prochaines années. La Bourse d’Alger est une voie appropriée pour se les procurer. La Sonelgaz, veut avoir une trésorerie conséquente et financer sur fonds propres des projets d’envergure. Une ambition qui, selon l’entreprise, passera par l’augmentation des tarifs de l’électricité, une revendication qu’elle n’a cependant pas réussi à faire aboutir, parce que le gouvernement a dit non.
La Bourse d’Alger, aujourd’hui que le processus de privatisation a été relancé, est appelée à se mettre en phase. Elle est censée en constituer l’un des leviers. Dans nombre de pays en transition vers l’économie de marché, la privatisation par la Bourse a fonctionné. C’est un bon instrument pour faire avancer la privatisation des entreprises publiques. C’est un défi. La Bourse d’Alger est-elle en mesure de le relever dans un contexte changeant ? Possible. Elle peut s’accorder un sursis.
 

Rachid Tadart

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