LA FAIM DU MONDE

TOUS COUPABLES !

Miracle économique ? En Algérie si émeutes il y a eu, la faim n'en n'est pas la cause, le " tsunami silencieux " n'est pas arrivé jusqu'à nos portes. Nos recettes d'hydrocarbures, particulièrement avec un baril qui pourrait atteindre les 200 dollars dans quelques temps, compensent bien des maux, à débuter celle d'un complet mépris pour la terre nourricière. Autrefois grenier, cellier et huilerie, d'un empire romain à son apogée, notre espace agricole est tombé en déshérence. Or, il est irrationnel et immoral de jouer au poker menteur avec l'avenir de nos enfants. Quelle nation au monde peut-elle prétendre se passer d'un secteur agricole viable ? Nous vivons dans une illusion, celle d'être à l'abri de toutes les tempêtes provoquées par un système économique mondial qui marche sur la tête. La conjoncture internationale nous est doublement favorable. Les pays de l'OCDE, avec le G7 en tête, reconnaissent, du bout des lèvres, que leur monopole sur les affaires du monde est sérieusement entamé. Le cercle s'élargit. Signe des temps, pour leur rencontre ministérielle de juin prochain, l'Afrique du Sud, le Brésil, la Chine, l'Inde et l'Indonésie ont été invités, non pas en qualité d'observateurs mais en tant que participants. La bonne gouvernance constitue le facteur clef de la réussite, de celle-ci nous retiendrons un seul éléments, celui de la prospective qui invite les autorités publiques à tout mettre en œuvre afin d'anticiper les problèmes qui se poseront à partir des données disponibles et des tendances observées, et pour élaborer des politiques qui tiennent compte de l'évolution des coûts et des changements prévisibles en matière démographique, économique, et environnementaux, par exemple. Pénétrons-nous de cette vérité " les arbres ne montent jamais jusqu'au ciel ! " A nous de voir !

Le monde crie famine ? Non ! Uniquement une partie du monde, le problème de la faim n'est pas nouveau, seulement, il connaît une amplitude sans précédent. C'est là toute la différence. Le négoce des matières premières alimentaires ne s'est jamais aussi bien porté. Est-ce un paradoxe ? Pas vraiment ! D'Haïti au Bengladesh, les gens sortent dans la rue pour clamer cette honte de l'humanité, la famine fait mourir de plus en plus de gens, des émeutes éclatent çà et là mais toujours dans l'hémisphère sud de notre planète. Du coup on assiste à un élan général de compassion auquel même le Fonds monétaire international et la Banque mondiale s'associent. Ce qui n'et pas peu dire. Du coup également, toute la stratégie caritative est battue en brèche, face à une réalité que chacun connaissait, mais devenue subitement incontrôlable. Le classique grand deal tacite ne fonctionne plus entre ceux qui prennent par brassées et ceux qui donnent chichement. Aussi, de nouveaux people boat se préparent, à leurs risques et périls, à prendre le large, fuir la misère et un despotisme " toléré " par cette communauté internationale jamais avare de leçons, dès qu'il s'agit des affaires des autres. En règle générale, ces autres sont les nations qui n'ont aucune possibilité d'accès aux leviers de commande de l'économie mondiale. Nous sommes encore, en 2008, dans la logique des accords de Bretton Woods. Avec, l'arrivée sur le marché des pays dits émergents, il faudra bien un jour revoir ces maudites règles qui ont enrichi les nantis pour appauvrir davantage les pauvres, et l'exemple du continent africain est la meilleure et la plus terrible illustration de cet " équilibre ". Alors, ce monde se met à rechercher des coupables, avec aux lèvres cette vieille recette qui a fait ses preuves " À qui profite le crime ? " Car crime il y a ! Le cauchemar de Darwin n'est pas une fiction, et on peut dire que la réalité dépasse souvent la fiction. Certaines voix n'hésitent, à propose des biocarburants destinés à assurer la mobilité des voitures, de parler de " crime contre l'humanité " Aux U.S.A, par exemple, 30% des récoltes de maïs servent aux moteurs à gaz !A tout seigneur tout honneur, donnons la parole à un chiffre : en 2050, la terre sera peuplée de 9 milliards d'individus, et les surfaces agricoles sont, depuis belle lurette, en chute libre.

En cause, un trop grand libéralisme qui se sent des ailes, après avoir triomphé par forfait du communisme, et fait la part belle aux spéculateurs. Après le choc pétrolier nous voici donc arrivé au choc alimentaire, à coup sûr, le plus dramatique de tous. L'homme peut se passer de bien des choses sauf de celle de se nourrir. Cette semaine après ses dossiers sur le recul de la démocratie dans le monde et de la crise financière mondiale, " La Dépêche " livre son point de vue sur la crise alimentaire et les émeutes de la faim qui secouent la planète. Qu'on ne se leurre pas, toutes ces affaires sont étroitement liées et ont plusieurs dénominateurs communs.
Se sachant " irremplaçable " le système capitaliste est en plein délire en donnant libre cours à ses effets les plus pervers, soit une philosophie de marchandisation qui n'épargne aucun produit si tant est que tout a un prix, que tout se négocie ou encore se " titrise " en étant transformé en produit financier soumis aux fluctuations boursières. Ainsi des produits de base tels que le blé, le riz, le maïs, le soja, le sorgho, le lait, non seulement voient leur production diminuer, mais sont stockés pour être mis sur le marché quand la demande atteint son paroxysme. La hausse des cours de céréales a atteint 120%, celle du riz 80%, et rien encore ne laisse augurer d'une décrue. Les produits alimentaires sont devenus la nouvelle valeur-refuge, pour les spéculateurs désireux de compenser, sans état d'âme, la perte globale de 1000 milliards de dollars due à la crise financière mondiale. Il n'y a pas de petits profits, tout est bon à prendre même les produits de première nécessité, jusque là plus ou moins épargnés par la spéculation boursière ou autre, parce que destinés essentiellement aux pays pauvres. Aspect négatif de la mondialisation ? Sans doute, celle-ci se caractérise soit par le nivellement par le bas dès qu'il s'agit des pauvres et par le haut pour ce qui concerne les spéculateurs toutes dimensions confondues.
Phénomène nouveau, les pauvres des pays riches font les poubelles des supermarchés pour s'alimenter en produits périmés. Sinon, pourquoi cet ouragan médiatique sur un problème, celui de la faim dans le monde, qui ne date pas d'hier. Il s'agit davantage de panique et d'instinct obsidional que de solidarité avec les pays où ne pas manger à sa faim est devenu une seconde habitude. Qui n'aura pas été stupéfait en voyant ce supermarché de Floride rationner ses ventes de riz ? Ces images ont fait le tour du monde " si chez l'oncle Sam on a faim, alors c'est la faim des haricots ! " Triviaux propos certes, mais patents d'une triste et sordide réalité. Aux States, on n'avait pas vu cela depuis la seconde guerre mondiale. Le phénomène a pris des proportions alarmantes, voilà ce qui est nouveau et suscite tant d'intérêt.
Economistes, politologues, démographes, statisticiens, tous les spécialistes sont mobilisés et sommés, non seulement de donner un avis, mais également de proposer des solutions. Faut-il être aussi savant pour avancer une idée, trouver un remède ? La sagesse paysanne y suffirait si la volonté politique était de la partie.
Ce qui pourrait passer pour le fin mot de l'histoire est qu'il y aurait entre autres conjonction de causes, celle de la faiblesse des rendements agricoles, " ils stagnent " nous dit-on. Trop facile comme explication. On oublie, ou on omet volontairement, de rappeler que les programmes d'ajustements structurels, qualifiées à raison de fourches caudines du FMI, ont été des plus négatifs pour le développement de l'agriculture, dans les pays concernés, le nôtre par exemple. Quant à la Banque Mondiale, elle a été, pendant vingt longues années, férocement opposée aux subventions à l'agriculture dans les pays en voie de développement. Seuls, quelques pays d'Asie ont été aidés, car on craignait leur basculement dans le camp communiste ? Depuis la chute du mur de Berlin et la fin de l'empire soviétique, la Banque Mondiale a stoppé toute aide à l'égard de ces pays, dont l'Inde notamment.
On met pourtant moins de temps à faire pousser un légume qu'à fabriquer une automobile ou tout autre genre de produit manufacturé, qui plus est l'investissement initial est moins coûteux et la main d'œuvre qualifiée existe. Alors pourquoi cette volonté de compliquer les choses, de toujours chercher midi à quatorze heures, alors que la solution se trouve souvent sur le pas de sa porte. C'est l'entente cordiale de ceux qui font passer les marges bénéficiaires avant les rendements. Ces mêmes groupes d'intérêts, aux formes diverses, qui ont mis en compétition les biocarburants avec les terres nourricières, privilégiant les moteurs aux estomacs, le plaisir à la vie.
Le verbe haut, à leur habitude, les profiteurs, rentiers de la famine, ne manquent pas d'arguments. Ils pointent du doigt, les nations émergentes dans une véritable opération médiatique de culpabilisation ", et avec un extraordinaire aplomb " ils veulent des voitures comme nous " et aussi manger des yaourts, de la viande " comme nous ". Et proportionnellement à la consommation de viande qui augmente ce la se répercute sur le besoin en grain afin de produire la nourriture des bovins, ovins et autres, d'où une tension de plus en plus forte. A les écouter, la Chine, l'Inde, le Brésil, pour ne citer qu'eux, seraient responsables de ce manque à manger qui s'est soudainement amplifié. Trop simple comme explication et surtout totalement fausse.
En 2008, la majeure partie de l'opinion publique mondiale est déniaisée. On ne la lui fait plus. Exit des sornettes. 1936 c'est loin déjà ! Ce sont des gamins qui manifestent dans les rues aujourd'hui, au nord comme au sud.
Face aux arguties mettant en concomitance de mauvaises récoltes et une demande quantitative et qualitative subitement amplifiée, des pays comme l'Inde, la Thaïlande, ont décidé de ne plus exporter leur riz. D'autres pays ont annoncé qu'ils prendraient la même mesure. L'agriculture a été négligée, pire méprisée dans les pays riches, en cause une industrialisation et une urbanisation hors normes.
Mais alors que s'est-il passé dans le monde depuis la décennie 80/90, où nous étions dans l'abondance avec des prix au plus bas, jusque dans les pays du Tiers-monde ? 2008, l'offre est devenue insuffisante, en si peu de temps ? Curieux phénomène tout de même ? En France le prix de l'emblématique baguette de pain à augmenté de 50%. Les produits laitiers ont connu une augmentation sans précédent et on continu d'entretenir les grandes peurs du siècle écoulé " ce sont les Chinois qui se sont mis aux yaourts " et ils sont 1,3 milliard, c'est prometteur.
En cause, la crise financière internationale. Les banques, les établissements de crédits, les grands fonds de pensions, bref tous ceux qui ne vivent que par et pour l'économie monétaire, veulent rentrer dans leurs argent, après les grosses pertes subies avec la crise des subprime. Eh bien oui, on y revient, et comme on le disait dans notre dossier sur cette crise, c'est là le péché originel. Après la " bulle " sur l'immobilier c'est au tour de la bulle spéculative sur l'alimentaire. En l'espace de trois mois les récoltes de riz ont diminué de moitié. Non pas pour des raisons naturelles mais parce que c'était là la volonté des spéculateurs. Les contrats spéculatifs sont multipliés par trois. Les surplus de production sont stockés (en fait, c'est la part que l'on ne mettra pas sur le marché), par les grands agriculteurs qui se sont piqué au jeu, car disposant de grandes capacités de stockage. On spécule donc à tout va sur les matières premières agricoles ayant un fort potentiel de hausse. Les financiers achètent les contrats qui leur permettent une rapide plus value, accentuant artificiellement une crise qui n'en est pas une. Et ce mouvement risque de durer tant que ne seront pas réparés les dégâts de la crise des subprimes.
La spéculation est comme le nuage de Tchernobyl, elle ne connaît pas les frontières ni les limites à sa cupidité.
A des degrés divers, nous sommes tous responsables de cette crise alimentaire. Ce mépris du travail de la terre n'est le fait unique des nantis, lesquels ont opté pour l'agriculture intensive, les OGM, mais c'est un autre débat, et ont reconverti des terres agricoles pour produire des biocarburants, ce qui est, selon eux, supposé soulager leurs factures pétrolières.
Côté sud maintenant, que s'y passe-t-il ? En Algérie, le traumatisme de la révolution agraire a causé à l'économie ses profonds contrecoups. Annonce a été faite que dès 2015, des sommes importantes seraient investies pour redonner au secteur ses antiques lettres de noblesse. Pourquoi 2015 ? Mystère et boule de gomme ! La bonne gouvernance, dont nous nous targuons, impliquerait que nous nous y mettions immédiatement et aussi la simple logique : il est anormal qu'autant de jeunes végètent ou cherchent à fuir la pays faute d'un emploi alors que des centaines de milliers d'hectares sont en jachères depuis des lustres. Pour l'Algérie c'est l'occasion de lancer un projet à sa mesure. L'agriculture participe à l'aménagement du territoire et à la vitalité de tous les autres secteurs économiques.
La communauté internationale fait son mea culpa en déclarant, à qui veut l'entendre, avoir été prise de court de façon " inexcusable " par les émeutes de la faim et de ce fait " paye vingt années d'erreurs " En cause,on le disait plus avant, les institutions financières internationales qui ont gravement sous-estimé la nécessité d'investir dans l'agriculture. Bref, une stratégie qui a rendu les pays en développement " vulnérables à la volatilité des prix ". On aura préféré inonder l'Afrique de céréales pendant des années, fournir les Africains en riz, en produits congelés provenant de surplus agricoles subventionnés à l'exportation. Tout cela au détriment de l'agriculture vivrière. Et, en Afrique, ce sont les petits agriculteurs qui font les frais de l'option d'importer, leurs possibilités d'écouler leurs produits étant limitées, souvent, à leur propre consommation.
Entre 2003 et 2005, sur 1,3 milliard de dollars consacrés aux projets dits de "bonne gouvernance" seuls 12 millions ont été alloués à l'agriculture. Bon nombre de pays, en particulier africains, fonctionnent encore sur le modèle colonial. C'est-à-dire que le monde rural est " invité " à ne produire que pour sa subsistance. Les villes, elles, sont donc contraintes d'importer pour se nourrir. Ce schéma était déjà valable quand il n'y avait que 10 % d'urbains, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui". Depuis 2007, un cap a été franchi : plus de la moitié de la population de la planète vit dans les villes. En 1950, 30% de la population du monde vivait en ville, 60% y vivront en 2030, c'est ce qu'indique un rapport de l'Onu " Le 21ème siècle sera urbain. La population citadine est sur le point de dépasser la population rurale. " La spéculation boursière responsable du " tsunami silencieux " oui, seulement à 30%, aussi, la mal gouvernance également doit assumer sa part de responsabilité dans ce désastre humanitaire.
Nos terres sont tombées en déshérence. De ce point de vue, nous ne nous démarquons pas du reste de notre continent. Récemment, le Sénégal où les gens sont contraints de consommer du riz périmé jeté dans les décharges publiques, l'état a lancé une grande offensive agricole pour arriver dans un premier temps à l'autosuffisance, puis plus tard à l'abondance. Il n'y a pas d'autre voie que celle-ci. L'Algérie a du potentiel, des atouts majeurs, et de nous demander si l'éducation nationale a été un jour effleurée de la simple idée de développer un réseau de lycées agricoles, appuyé par cet esprit pionnier, aux succès éclatants sous d'autres cieux, passage obligé vers une Algérie heureuse. Dans le même élan salvateur, sachons nous garder du " piège " de l'Assistance internationale. C'est l'unique façon de donner naissance à une économie réelle dans notre pays, pour peu que nous en ayons la volonté politique.

 

OGM, un prudent wait and see

Les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) se répandent comme du pollen par grand vent… Ils sont imperceptibles, ils sont là mais on ne les voit pas, on ne les sent pas. Il y en a dans nos assiettes et seules quelques personnes averties savent ce qui se cache derrière ces trois lettres. Tout récemment, un agriculteur espagnol qui avait opté pour le " bio " vient d'en faire les frais. Son label lui a été retiré. A plusieurs dizaines de kilomètres de son exploitation, de vastes espaces sont consacrés aux cultures transgéniques pour l'alimentation animale. Alors, le vent aidant, le pollen OGM a contaminé les cultures bio. Les OGM laissent rarement indifférent ! On raconte beaucoup de choses au sujet de ces nouveaux aliments : que c'est dangereux, ou bien que c'est bien pour l'environnement, qu'ils vont pouvoir nourrir la Terre pour faire face à l'explosion démographique. Sur la question, il y a beaucoup d'affirmations mais aussi beaucoup d'interrogations, et d'indécisions juridiques. Mais pourquoi ? Que sont ces petites bêtes ? En mange-t-on ? Le profane, c'est à dire les deux tiers d'entre nous, ignore de quoi il s'agit et va même les assimiler au clonage humain ! Alors, doit-on en avoir peur ? Sans doute faut-il savoir rester sceptique, et attendre le verdict de la science qui n'a pas dit son dernier mot. Pour l'heure, le public, qui a un sentiment de défiance à l'égard de l'expertise scientifique, reste, tout comme les spécialistes, très partagé. Alors autant observer un prudent wait and see.
 

Kamal Zemouri

Retour