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Avec des pics jamais égalés.
Les marchés pétroliers
s’affolent.
Le pétrole a enfoncé coup sur coup les seuils de 130,
131, 132, 133 et 134 et 135 dollars. Les prix ont dépassé légèrement,
pour la première fois, les 135, 14 dollars à Londres comme à New York.
C’était la semaine dernière. Du coup, les investisseurs s’affolant des
disponibilités à court et à long terme, et de la fonte des stocks US.
En trois semaines, les prix ont bondi de 35 dollars. Sur
un an, ils ont plus que doublé.
Après ce dernier pic, les cours sont redescendus, les investisseurs
empochant des bénéfices. Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le
baril de « light sweet crude » pour livraison en juillet a bouclé la
séance à 130,81 dollars, perdant 2,36 dollars par rapport à son record
de clôture de mercredi dernier (133,17 dollars). A Londres, le baril de
pétrole Brent, également pour échéance en juillet, a terminé à 130,51
dollars abandonnant 2,19 dollars par rapport à son record de clôture de
la veille (132,70 dollars). La récente hausse des prix s’est nourri du
sentiment que l’écart entre offre et demande ne cesse de se resserrer au
fil des mois: alors que la demande connaît un essor incessant dans les
pays émergents, la croissance de l’offre patine. La Chine consomme
aujourd’hui moins de pétrole par personne que les Etats-Unis en 1905. Si
la Chine et l’Inde devaient porter leur consommation par tête au niveau
actuel des Etats-Unis, ces deux pays à eux seuls auraient besoin de 160
millions de barils par jour, deux fois plus que l’offre disponible
aujourd’hui. L’annonce mercredi dernier d’une fonte inattendue des
stocks de brut (de 5,4 millions de barils) aux Etats-Unis la semaine
dernière n’a fait que renforcer ces craintes. L’Organisation des pays
exportateurs de pétrole (OPEP) soutient que le marché est correctement
approvisionné. Elle estime qu’il n’y a pas de raison d’augmenter son
offre pétrolière. Le secrétaire général de l’OPEP, Abdallah el-Badri, a
affirmé la semaine dernière à Quito que le marché pétrolier était devenu
« complètement fou », jetant le blâme sur les spéculateurs et sur la
dépréciation du dollar. Hors OPEP, de nombreux producteurs, comme la
Norvège, le Mexique, les Etats-Unis, font face à un épuisement des
gisements. Et, la production de la Russie, deuxième producteur mondial
derrière l’Arabie saoudite, plafonne depuis janvier, bien que le Premier
ministre, Vladimir Poutine, ait promis de la stimuler en allégeant un
régime fiscal « punitif » pour les grands groupes. Les perspectives sont
encore plus sombres pour l’avenir. D’après le Wall Street Journal,
l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prépare un rapport pour le
mois de novembre estimant que la production devrait à peine dépasser les
100 mbj en 2030, loin des 116 mbj sur lesquels l’AIE misait jusqu’à
présent. Ces craintes sur l’avenir se traduisent par une explosion des
prix à long terme. Le pétrole vendu en décembre 2016 - le contrat le
plus éloigné disponible à New York - a atteint mercredi le prix jamais
vu de 142,09 dollars. Les experts soulignaient par ailleurs le rôle joué
par les analystes des grandes banques de la City londonienne ou de Wall
Street: les révisions à la hausse des prix publiées récemment par les
banques d’investissement semblent fonctionner comme autant de prophéties
qui se réalisent. Les analystes de la banque Goldman Sachs - qui avaient
dès 2005 prédit un baril à 100 dollars - avaient annoncé le 5 mai que le
baril pourrait toucher 150 dollars d’ici à deux ans. La flambée des prix
du pétrole s’explique surtout par la faiblesse de l’offre et très peu
par la spéculation.
C’est le secrétaire américain au Trésor Henry Paulson qui le note.
C’est, dit-il, une question d’offre et de demande. La demande a
augmenté, mais « l’offre est limitée », a souligné Paulson dans une
interview accordée à la chaîne financière CNBC. En revanche, les
spéculateurs et les investisseurs à court terme ont très peu d’impact
sur la flambée des cours, a-t-il ajouté. Je ne pense pas que ce soit lié
aux investisseurs financiers. Il s’agit à la base d’une question d’offre
et de demande à long terme, a-t-il affirmé, en jugeant qu’il y a des
inquiétudes sur la capacité de l’offre à suivre la demande à long terme
et des inquiétudes sur de possibles perturbations de l’offre. Les
spéculateurs ne fixent pas les prix ou la tendance, mais ils la suivent,
a fait remarquer Paulson qui s’est toutefois dit « pas satisfait » des
prix atteints par l’or noir. Paulson a par ailleurs répété que les
Etats-Unis avaient « une politique du dollar fort », même si le billet
vert flirte actuellement avec ses plus bas niveaux historiques face à
l’euro. Notre économie a ses hauts et ses bas, comme toutes les autres
économies, mais ses forces à long terme vont se refléter dans la valeur
de la monnaie, a-t-il ajouté. L’instabilité n’a rien à voir avec la
demande mondiale. L’instabilité a d’autres causes, a-t-il dit.
L’économie des Etats-Unis est en récession, et il y a la dépréciation du
dollar, ce qui affecte le prix du pétrole en le faisant monter, a-t-il
poursuivi. Le responsable américain a également estimé qu’il faudrait
beaucoup de temps pour remplacer le dollar par l’euro. Ce sont aussi les
spéculateurs qui contribuent vraiment à cette hausse des prix du
pétrole, a soutenu le secrétaire général de l’OPEP. J’ai déjà souligné
que lorsque dans le passé nous décelions un problème concernant l’aspect
fondamental de l’offre et de la demande ou un problème avec les
réserves, nous n’avons jamais hésité à nous réunir pour essayer de le
résoudre. Mais, aujourd’hui, nous sommes convaincus que cette hausse n’a
rien à voir avec le marché, qu’il y a beaucoup de pétrole sur le marché
et qu’il n’existe pas de pénurie. Les réserves sont très élevées et les
principaux problèmes sont les spéculateurs, a-t-il dit. L’OPEP a un
excédent de 200.000 b/j, a indiqué El-Badri. Selon lui, le monde devrait
mettre un frein à cette spéculation. Il a précisé qu’aucune réunion de
l’OPEP n’était prévue avant septembre. El-Badri a commencé jeudi dernier
une visite de trois jours en Equateur, le plus petit membre de l’OPEP
pour sa production pétrolière, qui a réintégré l’organisation en
novembre 2007.
L’envolée des cours de brut n’était pas sans conséquence sur les prix à
la pompe. Il faut dire que le mécontentement croît dans le monde face à
la hausse des prix de l’essence dans la foulée de celle des cours du
pétrole, manifestations et grèves se multipliant. Les marins pêcheurs
français, qui ont obtenu de leur gouvernement des aides pour faire face
à la hausse du prix du gasoil, ont fait des émules en Espagne et au
Portugal. Les marins pêcheurs espagnols ont annoncé une manifestation à
Madrid dont la date n’a pas encore été arrêtée et menacent d’arrêter la
pêche en juin s’ils n’obtiennent aucune aide. Au Portugal, les marins
pêcheurs ont annoncé une grève pour le 30 mai. En Russie, pourtant
deuxième producteur de pétrole au monde, les automobilistes devaient
manifester dans la semaine. Le président de l’association de défense des
automobilistes Viatcheslav Lyssakov a accusé le gouvernement d’imposer
des taxes représentant de « 60 à 70% du prix » de l’essence et par
conséquent « de tirer profit » de la hausse des prix. Un litre d’essence
coûtait en moyenne 21,25 roubles (0,57 euro) en Russie au 12 mai et un
litre de diesel 21,94 roubles (0,59 euro), selon des chiffres de
l’office fédéral des statistiques Rosstat. Leurs prix ont augmenté
respectivement de 9% et 12,2% depuis janvier, selon cette source.
Toujours en Europe, ce sont les chauffeurs d’autocars hongrois qui ont
manifesté vendredi dernier et menacent de faire grève. Le transport en
autobus est le plus développé en Bulgarie (70% des passagers), tant à
l’intérieur du pays que vers l’Europe en raison de ses prix compétitifs,
alors que la population est la plus pauvre de l’UE, avec un salaire
moyen de 285 euros.
En Asie, de nombreux gouvernements ont décidé de réduire leurs
subventions qui permettaient de garder artificiellement bas les prix des
carburants. Les autorités indonésiennes ont annoncé mercredi dernier que
leurs prix allaient très bientôt augmenter de 28,7% et n’ont pas écarté
vendredi dernier l’hypothèse d’une hausse supplémentaire. Et, ça
continue.
Rachid
Tadart |