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Chômage, mal vie, manque de
perspectives et émeutes
Ils aspirent à un niveau de vie et à un avenir semblables à ce qu’ils voient dans les télévisions étrangères.
Ce sont là
quelques bribes du discours électoral du président Bouteflika, distribué
tout au long de la campagne électorale pour la présidentielle du 8 avril
2004, remportée par lui devant cinq autres concurrents qui ont été,
rappelons-le, étrillés. Depuis maintenant près de cinq ans que
Bouteflika et son équipe tiennent les rênes du pays et malgré
d’appréciables rentrées de devises que nous envient beaucoup de peuples
dans le monde, le pays vit très mal, la pauvreté s’aggrave, le chômage
ne recule pas, la corruption gangrène toutes les sphères, les trafics en
tout genre prolifèrent, le terrorisme sévit toujours. Où est donc ce
paradis promis au peuple algérien dans un pays qui possède les moyens
matériels, financiers et humains pour se remettre véritablement sur
rail ? Malgré l’injection dans l’économie de budgets conséquents évalués
à plusieurs dizaines de milliards de dollars, la situation sociale des
Algériens reste très mauvaise. De nouveaux phénomènes ont apparu chez
nous ces dernières années, le suicide des jeunes, les départs vers
l’inconnu par mer, le chômage qui tue, et puis le retour des émeutes
meurtrières qu’on ne veut voir en face. Le régionalisme a refait son
apparition. La haine habite désormais les esprits. Le pays va mal et on
a l’impression que les décideurs du sort de millions de leurs
compatriotes vivent dans une autre Algérie. Aujourd’hui, tous les
prétextes sont utilisés par les jeunes pour exprimer leur ras-le-bol
face à l’absence de perspectives d’une vie meilleure. Il suffit d’un
match de foot pour que la ville soit mise à sac, les biens publics
détruits car ils représentent l’autorité. Et par quoi répondent ces
dernières ? Par des arrestations et des traductions de soi-disant
fauteurs de troubles devant les tribunaux. Les récents évènements de
Berriane, près de Ghardaïa viennent de donner leur verdict. Le tribunal
de cette petite ville a rendu son jugement samedi dernier, dans le
procès des 21 personnes accusées d’avoir participé aux émeutes du 15 mai
dernier. 16 personnes ont été condamnées à des peines allant de six mois
à deux ans de prison ferme. Ils sont accusés d’attroupement illicite,
incitation à l’émeute, destruction de bien d’autrui et port d’armes
prohibées. D’autres villes du pays ont connu également des émeutes que
les autorités refusent d’expliquer par les conditions sociales
intenables de la population. A présent, tout est possible pour
déclencher une émeute chez les jeunes qui ne voient rien venir malgré
les ressources financières amassées par le pays et communiquées
régulièrement par les autorités, comme pour rajouter à la résignation
collective. Selon des sources sûres, l’Algérie vit en moyenne « deux à
trois émeutes par jour ces derniers mois ». Doit-on attendre
l’embrasement du pays pour réagir par un discours et surtout des
décisions qui rendent un peu d’espoir à la majorité qui a l’impression
d’être classée parmi les laissés pour compte ? Et puis que signifient
ces envois de délégations officielles vers les lieux où ont lieu des
émeutes pour soi-disant calmer les esprits ? Le manque de crédibilité
est de mise. Les citoyens honnêtes qui sont nombreux dans ce pays,
redoutent ce que la presse appelle « l’embrasement ». Il y a réellement
une tension sociale qu’il faut prendre en compte si l’on veut que le
pays ne connaisse des lendemains incertains. Il y a certes des
manipulateurs qui agissent dans l’ombre pour encourager les émeutes et
voir le pays sombrer dans l’incertitude. Il y a en revanche que la
majorité des jeunes sont en colère parce qu’ils sont exclus au moment où
des barons autoproclamés se remplissent les poches aidées en cela par
des milieux installés dans les sphères de l’Etat par la fraude
électorale, le copinage et la convergence d’intérêts occultes. La
répression des émeutiers n’est pas la solution. Des personnalités
nationales qui se sont exprimées sur cette vague de colère qui s’est
emparée des Algériens, ont proposé des explications. Parmi elles,
l’ancien chef du gouvernement, Ahmed Benbitour, pour qui, « le monde et
l’Algérie connaissent des changements d’une rapidité inédite. Les
citoyens algériens, surtout les jeunes sont au courant de ce qui se
passe dans le pays par rapport aux autres nations. Ils aspirent à un
niveau de vie et à un avenir semblables à ce qu’ils voient dans les
télévisions étrangères. Les vagues de violence montrent aussi que le
peuple à besoin de recouvrir sa souveraineté pour pouvoir prendre
l’option adéquate afin de trouver des solutions aux problèmes des
jeunes ». Y-a-t-il des oreilles attentives ? Abbes Benali |