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L’après pétrole : tout est possible…
Le baril papier
est-il une valeur refuge au même titre que les autres ? Pour les
spéculateurs, les banques et fonds de pension, tout est bon à prendre,
même au prix de quelques accrocs à la morale. Le monde la haute finance
est aux abois. Rien ne va plus comme avant. De l’autre côté de
l’hémisphère, d’où émergent des nations font plus que revendiquer
légitimement leur droit au développement, mais passent à l’offensive,
bousculent une hégémonie trop sûre d’elle et de sa pérennité, des lames
de fond arrivent en rafales, qui se suivent de plus en plus vite, en
mettant à mal les économies qui tenaient le haut du pavé. Ces
« béotiens » ou jugés comme tels, ont repoussé des lignes obsolètes en
annonçant un nouveau départ où les concurrents seront de plus en plus
nombreux. L’Algérie sera-t-elle dans les starting-blocks quand le départ
de la course sera sifflé ? Sachons prudence garder et autosatisfaction
écarter. Nous sommes dans l’après pétrole, c’est une évidence qui ne
doit pas nous échapper.
Le baril de
pétrole à 200 dollars c’est pour bientôt ! On peut d’ores et déjà
l’annoncer et ce n’est pas pour autant un scoop. Voilà qui complique
déjà les choses et qui risque de porter un coup fatal à l’économie
mondiale car avec le pétrole ce sont tous les pays riches ou non qui
sont concernés. Dans les pays producteurs, on a la décence de ne pas
crier victoire. Sartre disait que d’une victoire racontée dans le
détail, on ne sait pas ce qui la distingue d’une défaite. Face donc aux
nations industrialisées, les géants, aux pieds d’argile pour avoir tout
misé sur un seul atout, se gardent de toute rodomontade. Et dans cette
affaire, sans tomber dans le politiquement incorrect, au même titre que
pour les produits alimentaires de base, si nous vouons aux gémonies les
spéculateurs, nous nous garderons bien de leur imputer la totalité d’un
comportement qui, après tout, est leur raison d’être, système
capitaliste oblige ! Avons-nous atteint, avec ce renchérissement
exponentiel de l’or noir, le paroxysme de la crise économique mondiale ?
Probablement que oui. La cause ? Une extraordinaire croissance de la
demande qui va du pot de yaourt au plein d’essence pour son véhicule. On
a, il est vrai, du mal à s’y faire, le monde n’est plus ce qu’il était
il y a seulement dix ans. Pourtant faut-il –bien hypocritement- s’en
étonner ? L’heure est aux réformes drastiques et à la moralisation du
mode capitaliste. La volatilité du marché pétrolier est désignée comme
l’une des causes de la crise.
Côté offre, on indique que les coûts de vente ont été de moins en moins
rémunérateurs face à une demande augmentée de celle de pays tels l’Inde
et la Chine. Mais, là ne s’arrête pas les motifs qui ont fait que le
prix du baril de pétrole soit passé du simple au double en une seule
année. Qu’est ce qui ressemble à la genèse d’une crise que celle d’une
autre crise ? Seuls les produits ciblés par la spéculation, le stockage,
le désinvestissement dans le secteur et bien d’autres considérations
techniques, font la différence. L’expression « or noir » n’est pas que
métaphorique, elle a un sens économique. Que constate-t-on ces dernières
années ? Depuis sept ans, l’or noir a augmenté, en dents de scie, alors
que l’or jaune, depuis cinq ans, a observé la même tendance mais sans
discontinuer. Dans le même temps, l’un a triplé de valeur et le second a
doublé. Les deux trajectoires désormais s’alimentent dans un
parallélisme parfait. Quand on revient, à ce point, à la case départ de
l’histoire de l’économie mondiale, cela ne peut que vouloir dire que la
nécessité de refondations s’impose. Le champ est davantage épars qu’il y
a quelques années encore où seules quelques économies riches dictaient
leurs ukases au reste du monde.
Le pétrole n’est pas un produit anodin. Sa corrélation est étroite avec
les indices boursiers, la croissance et la parité euro/dollar.
Commençons par la bourse en ajoutant au lexique économique moderne une
expression nouvelle, le baril-papier. Il n’est en fait qu’un titre
négociable sur les marchés internationaux, qui représente une quantité
de pétrole équivalant à un baril. On parle aussi de barils-titres. Dans
les bourses, les traders, soit ces négociateurs qui interviennent sur
les marchés pétroliers, ont recours à des opérations sur les marchés à
terme. Elles consistent à passer des ordres d’achat ou de vente d’une
certaine quantité de pétrole « papier » dont très peu (environ 5 %) se
solderont par une livraison effective de cargaison. Le principe est de
compenser une opération réelle par une opération « barils papier »
inverse, aux mêmes conditions : un négociateur achète une cargaison de
pétrole et, dans le même temps, vend l’équivalent de « barils papier »
sur le marché à terme. Ainsi, si le prix du brut a chuté et que le
négociateur perd de l’argent à la revente du pétrole physique, il
rachète le pétrole « papier » moins cher qu’il ne l’a vendu et réalise
un bénéfice qui compense la perte subie sur le marché réel. En ces
temps, où les spéculateurs tente et osent tout « pour se refaire » c’est
là une opportunité à ne pas rater.
Selon certains avis, car rien ne divise autant les observateurs du
marché pétrolier, que cette spéculation représenterait 20 à
30 dollars sur un prix du baril de 100 dollars.
Pour d’autres, la spéculation, soit l’intervention d’opérateurs non
commerciaux sur le marché papier, a pour effet d’accentuer la volatilité
du marché mais pas systématiquement le niveau des prix. On évoque aussi,
parfois, à corps et à cris, un troisième choc pétrolier, comme pour
imputer, allusivement, la crise aux pays de l’OPEP. Bref, tous les coups
sont permis pour se dédouaner de sa part de responsabilités. En France
l’accélération de la hausse des carburants donne le roulis aux marins
pêcheurs et provoque une crise sans précédents dans les ports. Or, on
sait que dans ce pays, les taxes payées par les consommateurs à la
pompe, sont les plus élevées d’Europe, et comme les caisses de l’état
sont vides, dixit Sarkozy, le problème est loin d’être réglé. Cette
digression permet de montrer à quel point l’or noir peut impacter une
économie là où l’on s’y attend le moins.
Qu’en est-il de l’offre face à une accélération extraordinaire de la
demande ? Les regards se tournent vers l’OPEP. Jusque lors, l’OPEP s’est
livrée à une régulation des prix du marché par ses offres d’ajustements.
Il semble qu’actuellement elle se soit cantonnée dans un prudent wait
and see, contrainte par des moyens de raffinage devenus subitement
inadaptés, et l’annonce du pic de production mondiale pour 2020. Pour
l’heure, la capacité disponible de l’OPEP aurait été absorbée par
l’accroissement des demandes chinoise et indienne. Tout le monde
s’entend pour dire que la marge de manœuvre de l’OPEP bien que réduite
cela ne l’empêche pas de conserveur sa capacité à limiter la baisse des
coûts. Le cartel n’annonçait-il pas récemment qu’il “existait une ligne
de démarcation sous laquelle les prix du pétrole ne tomberaient pas“.
Déjà tiraillée, l’OPEP est confrontée à la concurrence de la Russie et
de la Norvège dont les coûts de transport vers l’Europe sont mois élevés
que les siens.
Un mot également sur la conjoncture internationale qui n’est pas sans
incidences sur cet affaissement de l’offre. Au Moyen Orient, la guerre
d’Irak et les menaces de frappe sur l’Iran ne favorisent guère la
fluidité d’approvisionnements, qui plus est revus, à la baisse. En
Afrique, la situation au Nigeria participe à ce tirage vers le haut du
coût du baril d’or noir, sans parler des perturbations climatiques dans
le golfe du Mexique. Ultime élément majeur pour expliquer le phénomène
qui affecte la planète, la chute du dollar qui perd sa qualité
proverbiale de monnaie refuge. Conséquence dans les pays exportateurs,
les banques centrales, conscientes de cette nouvelle donne, managent
autrement leurs réserves de changes, en adoptant le postulat de ne plus
détenir uniquement du dollar. Une partie des contrats pétroliers,
libellés en dollars, est revendue pour acheter de l’euro et du yen, ce
qui n’est pas sans augmenter la pression sur le billet vert. Un tabou
est tombé, de très haut.
Le marché s’est « financiarisé »
« Les prix du pétrole ont atteint de nouveaux sommets, dans un contexte
où les interruptions de production au Nigeria, le dollar faible, et
l’Iran continuent à fournir de nombreux arguments aux haussiers » à
savoir ces acteurs du marché favorables à des hausses de prix. Si les
crises consécutives à l’implosion de « bulles » financières, la toute
dernière ne leur ressemble pas. Certains investisseurs ont en effet
rejoint les marchés des matières premières peu de temps après la quasi
généralisation de la crise financière, ce qui a contribué à
l’accélération d’une tendance de fond, la hausse des cours. Cet avis de
spécialiste st à prendre aux sérieux « En réalité, nous sommes bien
incapables de mesurer l’impact réel de la spéculation. Je pense
sincèrement que l’influence de tous ces nouveaux acteurs financiers est
un peu comme l’écume sur la vague ! La financiarisation du marché
pétrolier a ajouté beaucoup de volatilité sur les cours. C’est à dire
qu’ils peuvent varier fortement d’un jour à l’autre, à la hausse comme à
la baisse » L’avertissement n’est pas à prendre à la légère.
En fait, le pétrole, de par son particularisme de produit limité dans la
durée, dicte sa loi autant dans les économies riches que chez les
producteurs de pétrole. En effet, il n’est guère possible de produire du
pétrole à l’infini comme pour n’importe quel autre bien manufacturé.
L’offre ne peut alors ni suivre encore moins anticiper la demande. Les
économies riches ont tendance à devenir plus vertueuses en s’efforçant
de trouver les moyens de pallier les effets de la pénurie, quand le
pétrole est cher. Elles augmentent leur efficacité énergétique,
investissent dans des technologies qui rendent les véhicules moins
gourmands. En revanche, quand le baril redevient bon marché, ils
oublient leurs belles résolutions et retombent dans la consommation sans
frein. Cette hausse nourrit les craintes d’inflation qui profitent à
l’or d’autant que l’enrichissement des nouveaux possédants des pays
émergents, lesquels raffolent du métal jaune, attise aussi les cours. La
spéculation évidemment amplifie le mouvement ! La Bourse n’est pas bien
étincelante, le marché obligataire pas très véloce, aussi l’or et le
baril papier sont très courtisés. Nous le savions depuis longtemps, il
n’y a pas que la monnaie qui compte dans la vie, l’or est bien plus
important ! On n’ira pas jusqu’à espérer que la croissance s’arrête pour
éteindre cette flambée. Même dans ce cas il ne serait pas sûr que le
baril s’assagisse.
Côté pays exportateurs de pétrole, notamment au Moyen Orient où se
situent 55,1% des réserves pétrolières, la question de leur épuisement
est prise en compte, sur des bases solides. Dans les pays du Golfe, les
hydrocarbures restent, bien entendu et jusqu’à preuve du contraire, le
premier atout économique. Mais dans la foulée de Dubaï, « l’émirat star
», les états du Golfe expérimentent d’autres modes de développement et
marquent une tenace volonté d’ouverture au monde. A Dubaï, au Qatar à
Abou Dhabi et dans les Emirats arabes unis, la nouvelle donne est
présente dans tous les esprits. Elle se traduit par de gigantesques
chantiers d’avenir. Ces pays veulent conserver une place de leader sur
l’échiquier économique international et ils s’y emploient avec une
extraordinaire compétence. Dubaï donne le « La ». Ses projets qualifiés
en occident de démentiels donnent le vertige mais préparent à une césure
historique celle de se désaliéner de l’or noir tout en se posant comme
le pays-parangon international, ou pour le moins régional, de la
reconversion économique et de toutes les anticipations.
Un exemple, parmi d’autres, afin d’illustrer ce bon en avant, le Dubai
Mall, qui dès l’an prochain sera plus grand centre commercial du monde.
Sur les 500 plus grandes entreprises du monde, 300 sont déjà implantées
à Dubaï, l’Émirat voisin lance de grands projets touristiques qui ne
sont pas vraiment concurrents, mais plutôt complémentaires de ceux de
Dubaï, car davantage axés sur l’écologie et la culture. L’intégration
économique est donc annoncée.
Le Qatar pour sa part ne compte pas demeurer en reste lance lui aussi de
grands projets, bien que les données soient très différentes. Ses
immenses réserves de gaz ne devraient pas s’épuiser avant 200 ans. Ce
qui lui laisse quand même le temps de voir venir. Pour autant, les
qataris ne croisent pas les bras. Nombreuses sont les opportunités
d’investissements dans la région et dans de multiples domaines, autres
que le tourisme dont on fait le plus grand cas, « du moment que l’on
apporte un concept innovant et une véritable valeur ajoutée » selon un
connaisseur pour avoir investi dans les pays du Golfe. Les pays du
Golfe, ainsi armés devraient franchir le Rubicon de l’après pétrole sans
embûches.
En Algérie, nous sommes dans le même cas de figure. C’est tout. Nous
sommes bloqués dans un amont, plutôt qu’émancipés dévalant un aval
engageant. Optimisme béat, euphorie voisine d’une folle insouciance,
voilà les mots pour décrire le climat politique dans notre pays. Notre
moteur n’étant pas couplé à la mécanique mondiale, du moins pas encore,
l’insouciance pour ne pas dire l’irresponsabilité guide nos pas. Alors
qu’ailleurs, la mise en phase avec l économie mondiale de demain est en
marche, nous continuons à nous bercer d’illusions au simple constat que
la crise financière mondiale ne nous touche pas. Il est vrai que la
conjoncture nous est favorable. Il est aussi vrai que les Etats-Unis,
pour les raisons évoquées plus haut, ne sont plus en pôle position en
matière d’attractivité des capitaux, lesquels se tournent vers de
nouveaux espaces, et l’Algérie est l’un d’entre eux. Autre atout, nous
détenons d’importants fonds souverains, qui nous mettent en position
d’intervenir là où, autrefois c’eût été inimaginable.
Il nous faut faire évoluer, en le modernisant, un système bancaire et
des institutions de crédits, dépassés par les évènements, organiser une
législation des changes, faire en sorte que la Bourse d’Alger devienne
une place financière attractive. Notre économie sera alors en mesure de
capter une part des titres et capitaux, « libérés » de leurs
traditionnelles attaches et destinations, pour le tas de raisons déjà
évoquées. Les valeurs donnant lieu à la richesse ne doivent plus faire
de promenades de santé tels, au large de nos côtes, ces bans de thons
qui nous narguent en faisant des pieds de nez à nos pêcheurs désemparés.
Si la métaphore pêche par excès, elle est pourtant bien le reflet d’une
triste réalité.
Revenons à cette mondialisation qui a pris une tournure à laquelle on ne
s’attendait guère, surtout ses promoteurs. L’avantage est de notre côté,
ce qui explique sans doute ce « protectionnisme » qui arrange les
affaires de l’Algérie. Néanmoins, il s’expliquerait uniquement de cette
façon s’il n’était pas assimilable à une stratégie invalidante. La
stagnation dans une culture de l’économie centralisée, hyper
administrée, donc quelque part introvertie, en ce siècle bien entamé de
la performance, fait courir au pays d’énormes risques, dont celui,
fondamental de ne pas être présent au moment du passage du bâton de
relais. Là, l’avis des observateurs les plus éclairés de la vie
économique internationale rejoint celui du plus profane de nos
concitoyens, étonnamment surpris par le manque d’audace et la
pusillanimité à réformer ce qui doit l’être. Il est à se demander quand,
dans l’optique où cette volonté politique existerait même à minima, nous
allons nous décider à rejoindre le peloton de nations qui surfent sur la
croissance économique mondiale. L’un n’excluant pas l’autre. La culture
défensive, obsidionale, est le propre de toutes les nations, certes mais
tout est question de dosage. Il faut aller chercher la croissance là où
elle se trouve. Cessons donc de mettre en avant les faiblesses des
autres en oubliant que les nôtres nous serons, à terme, fatales. Alors,
faisons en sorte que le discours politique qui n’est jamais avare de
bonnes intentions soit rejoint par des actes majeurs. Notre pouvoir de
séduction est immense, le talent et le génie algériens sont des réalités
reconnues aux USA, au Canada, en Europe, notamment au Royaume Uni. Tous
nos cerveaux n’ont pas pris la poudre d’escampette, faisons confiance à
ceux qui sont restés, jeunes et moins jeunes, ils sont nés chez nous !
2008 : le pays est à la croisée des chemins, là où tout est possible, le
pire comme le meilleur.
Kamal
Zemouri |