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OMC
Les puissants tiennent en
otage le cycle de Doha
L'organisation mondiale du commerce (OMC) tente de donner souffle aux
négociations sur la libéralisation du commerce mondial, actuellement au
point mort, de relancer le cycle de Doha. Une accélération des
discussions est attendue la semaine prochaine à Genève, même si des
différends considérables persistent entre les 152 pays membres.
Le patron de
l'OMC, le Français, Pascal Lamy, a appelé jeudi dernier tous les membres
de l'organisation à envoyer leurs négociateurs à Genève pour faire
avancer les débats sur le volet agricole et surtout industriel du cycle
de Doha, débuté en 2001.
Pascal Lamy s'exprimait à l'issue d'une réunion informelle de l'OMC
tenue à Paris, la semaine dernière. Lamy est à la tête de l'organisation
depuis quelques mois. Il veut que les choses évoluent, au plan
multilatéral. Il dit que nous avons un pont à franchir, en particulier
sur les subventions agricoles, les droits de douane agricoles et
industriels. Il tient à une réunion ministérielle d'ici fin juin pour
parvenir à boucler le cycle de Doha avant fin 2008 et le changement
d'administration aux Etats-Unis. C'est encore faisable, promet-il.
Pascal Lamy avait tenté en vain récemment, lors d'une réunion
ministérielle des 152 pays membres à Genève, de trouver un consensus sur
les modalités permettant de définir une réduction de ces barrières
douanières pour les biens industriels et les services dans les pays
émergents. Pascal Lamy essaye en fait de concilier un ensemble de
positions aussi différentes les une des autres. Un pays comme
l'Australie est intraitable sur les questions agricoles. Il s'accroche à
des détails sur les subventions agricoles. Son ministre du Commerce,
Simon Crean, estime toutefois que les discussions de jeudi dernier
étaient excellentes même s'il reste des zones considérables de
désaccords. Ce qui a émergé, c'est l'accord des autorités pour s'engager
intensément dans les semaines prochaines dans des négociations avec en
vue la tenue d'une réunion ministérielle à Genève d'ici la fin du mois,
a-t-il ajouté, même si aucune date n'a été fixée. Il a dit avoir perçu
chez ses homologues une volonté politique de conclure le cycle de Doha,
qui aurait dû s'achever en 2004.
La tentative de relance des négociations intervient après un sérieux
revers: lundi dernier, le médiateur de la négociation sur les produits
industriels, Don Stephenson, a suspendu sa mission, face à l'enlisement
des tractations. La ministre française de l'Economie Christine Lagarde a
d'ailleurs constaté que les négociations sur les produits industriels
étaient au point mort puisque le négociateur a cessé les travaux et
qu'en matière agricole, l'addition n'y est pas. Sur l'agriculture, il y
a eu plus d'implication, plus de progrès dans les négociations que sur
le volet industriel, a noté Crean. Plusieurs pays et le commissaire
européen au Commerce, Peter Mandelson, ont sonné l'alarme: sans accord
rapide, le cycle se solderait par un échec. Si les négociations
échouent, nous le paierons cher pendant très longtemps a averti
Mandelson. Nos options s'amenuisent et le calendrier américain joue
contre nous, a-t-il ajouté. La France et les Etats-Unis se sont montrés
moins pressés de le conclure, Lagarde faisant valoir le risque de tenir
trop vite une réunion ministérielle qui échouerait. Gelées à l'été 2006,
les négociations sur ce cycle ont repris début 2007 mais ont fait du
quasi sur-place. Les pays riches, sous pression pour réduire subventions
et droits de douane sur les produits agricoles, demandent aux pays
émergents d'ouvrir davantage leur marché aux importations de produits
manufacturés. Mais, ces derniers cherchent à protéger leurs jeunes
industries et veulent pouvoir protéger certains produits sensibles d'une
baisse trop forte des droits de douane. Le ministre brésilien des
Relations extérieures, Celso Amorim, a jugé que les pays riches devaient
être plus réalistes et reconnaître qu'ils demandent trop sans offrir
assez. Phil Goff, le ministre néo-zélandais, a, quant à lui, rappelé que
la crédibilité du multilatéralisme dépendait de l'issue du cycle de
Doha. Les pays à économie émergeante du G20, loin de bloquer les
discussions au sein de l'Organisation sur la réduction des barrières
commerciales, ont fait des propositions permettant de les poursuivre, a
affirmé vendredi dernier le ministre brésilien des Affaires étrangères
Celso Amorim. Et, d'expliquer : je pense que ce genre d'accusation n'est
pas justifié. Amorim s'exprimait à l'issue d'une réunion avec la troïka
européenne à Brdo pri Kranju en Slovénie, pays qui préside actuellement
l'Union européenne. S'il n'y avait pas eu le Brésil et le G20, le cycle
de Doha serait mort depuis longtemps, a-t-il ajouté. Le cycle de Doha
lancé donc en 2001, dans la capitale du Qatar, concerne la
libéralisation du commerce mondial et la réduction des barrières
douanières avec pour objectif à l'époque d'aboutir à un accord fin 2004.
Depuis, cependant, ces discussions achoppent sur les différends entre
pays industriels et pays en développement essentiellement sur les
subventions versées aux agriculteurs des pays riches et les barrières
douanières entravant l'entrée des biens et services dans les pays
émergents. Pratiquement toutes les propositions faites ont été basées
sur des propositions du G20, a insisté Amorim en rejetant les critiques
des pays industrialisés. Ceux qui bloquent les discussions sont ceux qui
jouent plus au jeu de la critique qu'au jeu de la discussion, a souligné
le ministre. Il a néanmoins noté une attitude positive lors de la
dernière réunion OMC jeudi à Paris consacrée au cycle de Doha. Et,
l'Algérie dans tout cela ? Notre pays n'est pas concerné, à vrai dire,
par le cycle de Doha, n'étant pas encore membre de l'OMC. Son processus
de négociations avec cette organisation, elle l'a entamé en….1987. Le
rythme auquel sont menées les discussions est lent. Tout le monde le
dit, l'accès de l'Algérie à l'Organisation mondiale du commerce est un
choix et une nécessité. C'est aussi un choix souverain et nécessaire.
Les chargés de ce dossiers estiment que l'expérience de l'Algérie qui a
réussi son test de passage d'une économie administrée à une économie de
marché et qui a signé l'accord d'association avec l'Union européenne est
bien préparée pour aborder les prochains rounds de négociations qui
s'annoncent rudes. En tout, dix rounds ont été achevés, le onzième
devrait se tenir à la fin 2008. Des sources proches de ce dossier,
notent que les discussions ont enregistré des progrès tangibles plus
particulièrement avec des pays comme l'Argentine, l'Uruguay, la Suisse
et la Turquie et que la partie algérienne fait de son mieux pour avoir
plus de chances pour son adhésion à cette institution multilatérale dans
les meilleurs délais possibles.
Cependant, une question, y a t-il une stratégie de protection du produit
algérien devant une concurrence sauvage imposée par les multinationales,
par le marché ? Les pouvoirs publics estiment que la protection de la
production nationale ne peut se faire avec les barrières douanières et
que seule la promotion du produit algérien et sa mise à niveau sont en
mesure de le prémunir contre cette concurrence. Les négociations sont
entrées dans une étape décisive, et que l'adhésion de l'Algérie à l'OMC
permettra la relance de la production nationale et se fera d'une manière
progressive, dans un intervalle de temps de trois à sept ans, une
période nécessaire et suffisante pour permettre le recyclage de
l'économie nationale et son adaptation au contexte international. Qu'à
cela ne tienne.
Rachid
Tadart |