|
Blog
à part
Faut-il généraliser l’enfant unique ?
Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent.
DISPARITION. Une grande question se pose aux hommes, en fait c’est La Question : « Comment des sociétés ont-elles disparu dans le passé ? » peut aussi se formuler :
« Au rythme actuel de la croissance démographique, et particulièrement de l’augmentation des besoins économiques, de santé et en énergie, les sociétés contemporaines pourront-elles survivre demain ? » Et nous vient à l’esprit la vertigineuse chute de l’Empire romain. Pourquoi–a-t-il chuté ? Pour une raison bien simple et pas besoin d’être historien pour en arriver à cette conclusion que lorsque l’on vit au-dessus de ses moyens, tout finit bien un jour par craquer. A une échelle microcosmique, voilà posé le problème, très contemporain, de l’endettement des ménages.
NOTRE JOURNAL a consacré un Blog intitulé «Récit d’une catastrophe annoncée» racontant la désintégration progressive de la société des Rapa Nui de l’Ile de Pâques. Résumons donc ce blog par ces mots « Les facteurs politiques, sociaux et religieux tel que les rivalités entre les clans et les chefs, qui menèrent à l’érection de statues toujours plus imposantes, exigeant toujours plus de bois, de cordes et de nourritures ont certainement joué un rôle dans l’effondrement de la société de l’île de Pâques. » Sa relecture est conseillée. En ces temps dits modernes et de haute civilisation, des pans sociaux et sociétaux entiers se fragilisent et annoncent leur affaissement tout comme des gigantesques morceaux de banquises qui se fondent dans l’océan arctique pour ne devenir que de blancs confettis s’érodant dans les eaux.
JARED DIAMOND est un éminent militant écologiste. Son ouvrage «Effondrement» fait débat. A première vue, on se demande bien pourquoi d’ailleurs tant son contenu est en phase avec les craintes de tout citoyen du monde ayant la tête sur les épaules. L’auteur de cette étude comparée, sonne le tocsin en avertissant les sociétés, maillons faibles de notre humanité, qu’il n’existe aucun cas où le délabrement d’une société, prélude à sa disparition, ne pourrait être imputée qu’aux seuls préjudices écologiques. Pour Diamond cinq éléments entrent potentiellement en jeu : des dommages environnementaux ; un changement climatique ; des voisins hostiles ; des rapports de dépendance avec des partenaires commerciaux ; les réponses apportées par une société, selon ses valeurs propres, à ces problèmes.
GLOBALEMENT, voilà ce que la critique pense de cet ouvrage « Cette complexité des facteurs permet de croire qu’il n’y a rien d’inéluctable, aujourd’hui, dans la course accélérée à la dégradation globalisée de l’environnement. Une dernière partie recense, pour le lecteur citoyen et consommateur, à partir d’exemples de mobilisations réussies, les voies par lesquelles il peut
d’ores et déjà peser afin que, dans un avenir que nous écrirons tous, le monde soit durable et moins inéquitable aux pauvres et démunis. Un ouvrage passionnant, fleuve, et bien documenté, que l’on referme un peu plus éveillé qu’au début. Un tour du monde de civilisations ou sociétés, qui servent son propos un tantinet catastrophiste, et confirme, si besoin était, que nous ne sommes pas éternels. N’en déplaisent aux naïfs qui croient que le progrès technologique nous sauvera ».
SEULEMENT, il y a un os, et quel os ! Il vaut à Diamond d’acerbes diatribes. L’un de ses censeurs épingle la réflexion profondément humaniste attribuée à l’auteur, quand il met en exergue le rôle que Diamond attribue à la croissance démographique en tant que facteur aggravant des crises écologiques provoquées par les activités humaines. En effet, dans Effondrement, l’auteur multiplie les exemples illustrant la complexité des relations entre pression démographique, impact écologique et crise des sociétés. La plus violente diatribe vient d’un ingénieur agronome japonais D. Tanuro pour qui « envisager les conséquences de la croissance des populations humaines sur l’environnement revient à accuser les immigrants d’être à l’origine de la surpopulation et à tenir les habitants du Sud pour principaux responsables des problèmes de la planète ». Voilà une réaction de premier degré qui ne saurait dédouaner quiconque de ses responsabilités.
STERILITE. Après le constat, la recherche des responsabilités. Le contradicteur est à son tour contredit, éternelle histoire de l’arroseur arrosé. Et il ne manque pas d’arguments : « l’explosion démographique est bien un désastre, tout d’abord pour les peuples concernés » et de citer l’accroissement inédit de la population malgache s’est accompagné d’un déboisement massif de l’île. On sait que la terre, une fois déboisée, devient stérile. Cela veut dire que demain ces peuples mourront de faim, ce qui annulera la croissance démographique actuelle, mais avec quelles souffrances, et sans permettre à ceux qui resteront de retrouver les ressources d’antan. « Croissance démographique et exploitation économique intensive ont toutes deux des impacts désastreux, simplement ils sont différents. Mais au final, quand des millions d’Indiens et de Chinois deviendront des consommateurs, les deux problèmes s’additionneront ». Philosophiquement, ces problèmes sont d’ailleurs symétriques : l’être humain a toujours donné un sens à sa vie en enfantant le plus possible. Aujourd’hui, ce comportement n’a plus de sens. Dans les sociétés opulentes, il a été remplacé par une consommation à outrance. Dans les deux cas, il s’agit d’une fuite en avant irréfléchie.
LAPINS. Or, d’autres détracteurs de l’écologiste ont dans l’idée que la grille de lecture démographique de l’auteur de l’Effondrement a pour effet de détourner l’attention des causes sociales de la crise écologique (notamment la subordination du bien commun aux intérêts des actionnaires et le formatage marchand des relations humaines). Il ne semble pas que Jared Diamond condamne la croissance démographique des pays du Tiers Monde. Il constate que, dans certains cas, elle est préjudiciable à leur propre société. Or il dit clairement que l’impact le plus négatif est du au mode de vie des habitants des pays du Nord et non pas aux habitants des pays du Sud « qui se reproduiraient comme des parasites. » Alors faut-il que la pratique de l’enfant devienne la règle ?
Kamal Zemouri
|