ALGERIE-FRANCE : Afflux d’officiels hexagonaux
Je t’aime, moi non plus !

La venue en Algérie du président français, Nicolas Sarkozy, en décembre dernier, a été suivie durant les six mois du déplacement chez nous d’une brochette de ministres qui perlent tous de développer les relations et la coopération bilatérale.

De nombreux hommes d’affaires français disant prospecter le marché algérien pour y investir les accompagnaient. En réalité, ils ne cherchent que des marchés et de contrats juteux pour leurs entreprises en difficulté financière qu’ils ont obtenus. Investir pour y rester et accompagner l’Algérie dans son développement et partant dans la création d’emploi durable, n’est pas leur fort. Du reste, les constructeurs automobiles français qui ont délocalisé des usines vers d’autres pays n’ont pas choisi l’Algérie, où pourtant, le coût de la main d’œuvre est l’un des plus bas au monde.
Ces constructeurs ont préféré le Maroc, la Tunisie à la place de l’Algérie considérée seulement comme un ventre à nourrir en y fourguant leurs produits. L’Algérie est le premier pays du Maghreb dans l’achat de voitures françaises et les constructeurs français n’ont pas besoin d’usines sur place pour écouler leur produit, des représentations commerciales suffisent. Cela dit, la visite cette semaine du premier ministre français, François Fillon, entre dans le cadre de la stratégie de l’ancien occupant qui consiste à tirer profit au maximum des réserves très importantes en devises accumulées par l’Algérie ces dernières années grâce au Dieu pétrole dont les prix n’ont jamais été aussi favorables aux pays producteurs de cette énergie. Fillon est venu concrétiser un contrat obtenu par Sarkozy relatif à la vente d’une centrale nucléaire à l’Algérie. Pour faire sérieux et surtout pour bien amener les Algériens à accepter leur offre, les milieux français disent que l’Algérie était devenue le premier pays arabe à conclure un plan de coopération avec la France sur le nucléaire civil. Autrement dit, c’est une fleur que la France nous fait avec notre argent. Nous savons que Sarkozy s’échine à vendre ses centrales nucléaires à d’autres pays notamment pétroliers, mais sans parvenir à un résultat. L’Algérie a-t-elle besoin d’une centrale nucléaire qui va la lier durablement à la France d’autant que ce contrat, parait-il, va ouvrir des perspectives à long terme, à la société française Areva, de prospecter chez nous de l’uranium ? Combien coûte une centrale nucléaire ?  Selon les experts français du domaine, les centrales nucléaires de la gamme des 1000 mégawatts (1 million de kilowatts, produisant environ 7 milliards de kWh par an) ont été réalisées en France, au cours du programme nucléaire, pour un coût unitaire qui serait aujourd’hui de l’ordre de 1,5 milliards d’euros par unité de 1000 MW. Autrement dit, la signature du contrat avec l’Algérie dan ce domaine, est une aubaine pour la France. Dans leur propagande pour écouler ces centrales, les français affirment que c’est « un investissement important mais qui s’est révélé justifié sur le plan économique ». Ils expliquent que
« comme les énergies renouvelables, le nucléaire se caractérise par un investissement élevé et des coûts de fonctionnement faibles. Les études faites par le Ministère de l’Industrie, tenant compte de ce coût d’investissement, du prix de l’uranium, des coûts d’exploitation et de maintenance, et aussi des provisions nécessaires aux dépenses futures de démantèlement et de stockage des déchets radioactifs, aboutissent à un prix de revient du kWh nucléaire inférieur à 4 centimes d’euro. Ce coût est comparable à celui d’un kWh produit à partir du gaz, lorsque celui-ci est à son prix le plus bas, et bien inférieur à ceux des autres modes de production ».
Ces experts estiment par ailleurs, que « alors que le prix de revient du kWh produit par le gaz varie très fortement en fonction du prix de celui-ci, le kWh nucléaire est très stable vis-à-vis de celui de l’uranium. Il dépend donc peu des conditions des marchés des matières premières. Corrélativement, lorsqu’une centrale est amortie, le prix de revient du kWh nucléaire devient très bas (peu supérieur à 1 centime d’euro). D’où la tendance en cours d’allonger la durée de vie des centrales, aux Etats-Unis aussi bien qu’en Europe ». Si cela est, pourquoi alors la France et l’Europe en général, ne se tournent-elles pas vers le nucléaire et abandonner le pétrole et le gaz, dont les prix sont devenus impossibles ? Cela signalé, la France veut profiter de la manne financière de l’Algérie en tablant à présent sur l’armement et la convention signée cette semaine est un évènement lorsqu’on sait que l’Algérie a toujours acheté son matériel militaire hors ce pays. Cet accord militaire qualifié d’ « historique » par Fillon, est le fruit de cinq ans de négociations, dit-on. Il va ouvrir la voie à de futures « coopérations industrielles dans le domaine de l’armement », a-t-il laissé entendre. Des sources proches du dossier affirment que l’Algérie marquerait ainsi son intérêt pour des hélicoptères militaires et projetterait aussi l’acquisition de quatre frégates, dont deux seraient construites en Algérie.
Le groupe français d’électronique et de défense Thalès serait enfin concerné par d’autres contrats. Tant qu’il y a de l’argent à prendre, pourquoi se priver… Pendant ce temps, la France refuse toujours de s’excuser auprès des Algériens pour les crimes du colonialisme. Elle continue de délivrer au compte goûte les visas d’entrée aux Algériens et refoule sans prévenir des centaines de sans papiers en Algérie, qui viennent allonger la liste des chômeurs. Normal, la France n’a jamais réellement quitté l’Algérie... Fillon, a-t-il vraiment besoin de convaincre les dirigeants algériens de participer au lancement du projet suspect de l’union pour la Méditerranée, le 13 juillet prochain ? Ils y seront probablement même si pour la galerie on s’accroche à demander des «éclaircissements» en invoquant notamment la présence d’Israël, côtoyée par ailleurs dans d’autres forums régionaux.

 

Abbes Benali

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